Bernard Langenstein au château de Vogüé

Dans le jardin suspendu de château, on découvre les sculptures de ces balles rondes imaginées et crées par Bernard Langenstein, graffées par Adrien Roubens, artiste belge de street art. 

Elles sont posées là, empilées près des fermes, disposées le long des chemins, au fond des prés, à la lisière des bois, éparpillées, enchevêtrées, insolemment libres, mais étrangement intégrées dans le paysage. Ces balles d’ensilage, extraites du terroir même et façonnées par l’agriculteur, apparaissent comme de gros fruits surnaturels, mais elles peuvent être vues aussi comme d’incontestables faits plastiques, comme d’authentiques œuvres d’art, car elles possèdent naturellement la puissance de certaines œuvres contemporaines, architecturales ou sculpturales.

Ces apparitions éphémères autant qu’irréelles, ont une vraie présence, une véritable qualité esthétique et une étonnante dimension poétique. Elles semblent porteuses d’une vérité aussi intemporelle qu’énigmatique.

C’est tout cela, en même temps que ce mystérieux processus de réhumanisation des actes d’industrialisation agricole, qui fascine le photographe promeneur plasticien et poète, Bernard Langenstein. Et c’est ainsi qu’il nous donne à voir ces somptueuses et envoûtantes images. 

Pierre Souchaud. Artension. 

« Les agriculteurs-paysans sont des artistes plasticiens sans le savoir… » 

Bernard Langenstein est né à Bron dans le Rhône en 1952 ; après des études de commerce à l’IPC de Colmar, Bernard Langenstein s’intéresse très tôt à la photographie : « Je ne fais que ça dans ma vie, j’ai toujours rêvé d’exposer… j’ai fait des photos très jeune » . 

Influencé très tôt par l’image, il appartient à la troisième génération de photographes dans sa famille ; d’abord photographe professionnel dans un studio à Lyon, il expose pour la première fois dans cette même ville, chez Françoise Souchaud, en 2009, puis à la galerie Gilles Naudin à Paris, l’année suivante. 

Son admiration se porte vers des photographes tels qu’Elliott Erwitt, Sebastiao Salgado, Ansel Adams, des artistes plasticiens comme Anish Kapoor, Pierre Alechinsky ou l’architecte Tadao Ando, tous inspirent son univers artistique. Le travail sur le noir dans ses rapports avec la lumière rappelle la peinture de Pierre Soulages. 

L’objectif de Bernard Langenstein se promène le long des routes, à travers champs, pour capter ces balles de fourrage dont la fonction utilitaire est strictement nourricière… il s’agit de nourrir les vaches pendant une saison. « Il y a une histoire de sens qui me plaît » nous dit le photographe… 

« ET LA MATIERE INCONGRUE DANS L’ENVIRONNEMENT M’INTERESSAIT. » 

Pour lui, l’agriculteur est un « artiste plasticien sans le savoir ». Il se renouvelle chaque année à travers ces sculptures « éphémères et monumentales », dans les alignements ou installations qui transfigurent le paysage. 

Les balles d’ensilage se dressent à l’horizon, imposent au regard leur présence, disséminées ou ornementales… « On est face à un objet qui a un sens… », il s’inscrit dans une chaîne de signification : l’herbe, le lait, la nourriture… ; mais la fonction utilitaire ne contente pas le regard, ce que retient l’artiste, ce sont surtout ces variations de la lumière et du temps sur la surface lisse et brillante : reflets du paysage, prairie, arbres, ciel, nuages… Chaque instant apporte une lumière différente. Partition de couleurs. Parure de fête, hymne au soleil, la couleur ruisselle en de larges aplats comme un rideau de scène sur le monde. 

Miroir du paysage et de ses métamorphoses, Bernard Langenstein poétise le monde jusqu’à nous faire oublier la fonction première de l’objet ; miroir déformant, loin de la réalité, l’objectif nous invite à faire un pas de côté dans cet inconnu du regard : un voyage à travers des images nouvelles, fragiles et puissantes, mais capables de s’effacer à l’instant sous l’effet du soleil, d’un nuage, d’une autre lumière venue d’ailleurs… 

Les Ballerons graffés par l’artiste de Streetart Adrien Roubens investissent le jardin suspendu du château de Vogüé dans un écrin de verdure et de pierre. L’artiste prolonge le travail de Bernard Langenstein, déroule des signes et des motifs pour donner forme et sens à l’imaginaire de chacun. 

Le photographe Bernard Langenstein est représenté par la galerie Gilles Naudin à Paris. 

Il a été exposé par l’UMAM au château-musée Grimaldi de Cagnes-sur-Mer et à la galerie Vision Future à Nice.

Château de Vogüé – 2, impasse des marronniers – 07200 VOGUE

Jusqu’au 30 juin 2019

A propos christiangallo

Rédacteur du Ficanas depuis 2005. © Le Ficanas est une marque déposée ®
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