Les Reliquaires de A à Z

A comme « Agnus Dei », B comme « Bras », C comme « Custode », D comme
« Dent », E comme « Épine »… Les grands thèmes relatifs aux pratiques et à la croyance chrétienne se déclinent en 26 lettres à travers l’exposition « Les Reliquaires de A à Z » : un abécédaire mystique composé à partir des collections du Mucem !

En 2002, le Mucem a fait l’acquisition auprès d’un particulier d’une collection unique de près de 500 reliquaires. Ce très riche ensemble témoigne avec brio de la variété des formes, des techniques et des usages du reliquaire dans le monde chrétien européen sur une période allant essentiellement du XVIIe siècle au premier tiers du XXe siècle.

Le terme « relique », issu du latin reliquiae (littéralement « restes »), désigne les restes humains de saints personnages (souvent des fragments osseux) ou bien des objets leur ayant appartenu ou ayant été en contact avec leur corps. Dans la religion chrétienne, si les reliques furent d’abord placées dans l’autel des églises, le développement de leur culte s’accompagne de la production d’une grande variété de contenants utilisés pour les conserver et les magnifier : châsses, ostensoirs, tableaux, coffres, statues, custodes, chapelets, médaillons… Au XVIIe siècle, les reliquaires entrent également dans les espaces domestiques pour protéger le foyer. On les retrouve alors au seuil des maisons, sur les cheminées ou même suspendus au-dessus des lits. Leur commerce s’intensifie, et avec lui, la volonté de l’Église d’encadrer la pratique et de garantir l’origine des reliques.

Attestation d’authenticité, inventaire méticuleux, mise en vitrine, volonté de présenter le « reste » sous son meilleur jour… Les pratiques de la relique ne sont pas sans faire écho au travail de conservation et d’exposition mis en place dans les musées !  

Commissariat : Émilie Girard
Conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département des collections et des ressources documentaires au Mucem


La salle des collections

Depuis février 2018, le Mucem dédie un nouvel espace à la présentation de ses collections : située au fort Saint-Jean, la « salle des collections » interroge de façon ludique les fonds du musée à travers des expositions thématiques présentées sous forme d’abécédaires, appelées à être renouvelées tous les six mois.

Une façon originale de faire connaître au grand public la diversité des collections du Mucem, riches de plus de 350 000 objets conservés parmi plus d’un million d’items : qu’ont-elles à nous dire sur nos sociétés, nos passions, nos peurs, nos croyances ? La grande variété des collections du Mucem permettra de faire le tour de différentes thématiques, « de A à Z ».

Après « L’Amour de A à Z » (février – octobre 2018) et « Les Animaux de A à Z » (octobre 2018 – mars 2019), l’exposition « Les Reliquaires de A à Z » présente quelques 70 pièces issues d’une collection de 500 reliquaires acquise en 2002 auprès d’un collectionneur. Cette sélection témoigne de l’importance du culte des reliques en Europe, ainsi que de la variété des formes empruntées pour la réalisation de ces objets, parfois très surprenantes.


Entretien avec Emilie Girard, commissaire de l’exposition

Pourquoi avez-vous choisi de vous intéresser au thème du reliquaire, pour cette nouvelle exposition sous forme d’abécédaire ?

Les abécédaires réalisés autour des collections du Mucem ont vocation à mettre en avant des ensembles d’objets ou de documents surprenants, extraordinaires ou rares, sous une forme simple. En 2002, le Mucem naissant a acquis auprès d’un collectionneur un ensemble justement assez extraordinaire, près de 500 reliquaires représentatifs d’une variété formelle très vaste, et provenant de toute l’Europe. Cette collection unique n’avait jusqu’à présent que peu été montrée, si ce n’est occasionnellement, dans les expositions du Mucem (récemment « Connectivités »,
« Or » ou « Ai Weiwei, Fan-Tan ») ou à l’occasion de prêts. Proposer un abécédaire des reliquaires était l’occasion de donner un coup de projecteur sur cet ensemble, en le présentant de manière plus massive puisque ce sont 70 pièces qui sont ici présentées.
Sur le fond, exposer des reliquaires, c’est présenter une pratique dévotionnelle au croisement du dogme et du populaire, car les reliquaires de ce fonds sont essentiellement des reliquaires à usage domestique et non des pièces destinées à des églises ou des chapelles. Et cette pratique privée de la relique est sans doute moins connue que la monstration des restes de saints au sein de la communauté ecclésiale.

Y-a-t-il encore des reliques dans ces reliquaires ? Quels sont les plus « sacrés » ?

La plupart des reliquaires de la collection contiennent en effet encore leur relique. Fragments osseux, souvenirs de lieux saints, reliques de contact (c’est-à-dire des objets qui ont été en contact avec le corps du Christ ou d’un saint, comme un fragment de tissu par exemple…) : c’est ce reste saint qui justifie la fabrication des écrins que sont les reliquaires, écrins sensés sublimer la relique.
Il est difficile de dire qu’une relique est plus « sacrée » qu’une autre. Tous les restes vénérés par les fidèles et conservés dans la collection présentée ont la même valeur, le même « prix » aux yeux des croyants qui font de la relique un support à leur prière en donnant au saint dont elle est issue un rôle d’intercesseur. Mais les reliques du Christ occupent une place particulière dans la hiérarchie de la relique, puisque l’on considère qu’elles émanent du fils de Dieu lui-même. Ces reliques sont parfois tellement vénérées qu’on les reproduit pour les diffuser largement. C’est ainsi que la collection que le Mucem conserve aujourd’hui compte plusieurs clous de la Passion ou des couronnes d’épines du Christ.

Quels sont les plus étonnants ? Les plus étranges ?

Quand on pense « relique » on pense souvent en premier lieu à des fragments osseux de saints, peut-être moins à ce qu’on appelle les « parties molles » du corps qui peuvent également être conservées et vénérées. La collection compte ainsi des reliquaires de langue ! Sont par exemple montrés dans l’exposition deux reliquaires de Saint Jean Népocumène qui conservent une reproduction en cire de la langue du saint, réputée imputrescible.
Par ailleurs, on s’attend à tort à ne voir dans les reliquaires que des objets de prix, réalisés en or et ornés de pierres précieuses. La pratique domestique induit cependant la production de contenant beaucoup plus modestes, parfois naïfs, faits à partir de matériaux pauvres, comme le papier mâché, le carton, ou les papiers découpés, mais qui jouent exactement le même rôle que celui endossé par les grands reliquaires d’églises. L’exposition est aussi l’occasion de mettre l’accent sur ce versant moins connu de la pratique du reliquaire.

Peut-on dire que le musée serait, quelque part, une sorte de grand reliquaire ?

La conservation et l’exposition, la « mise sous vitrine » de « restes » des siècles passés ou des témoins matériels des sociétés a en effet quelque chose de commun avec la pratique du reliquaire, une volonté de garder, de transmettre et de mettre en valeur. Et au musée comme pour les reliques, il existe un souci d’authenticité : l’église délivre avec ce qu’on appelle les « authentiques » (dont des exemples sont montrés dans l’exposition) de véritables certificats qui garantissent la véracité de la relique. On peut donc s’amuser à dresser des parallèles !  

Aperçu de l’exposition en quelques objets

Bras-reliquaire, région alpine, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois, verre, soie, métal, papier. Mucem © Mucem / Yves Inchierman
Bras-reliquaire, région alpine, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois, verre, soie, métal, papier. Mucem © Mucem / Yves Inchierman

B comme Bras

Certains reliquaires, dits « morphologiques », empruntent leur forme à la relique qu’ils contiennent. Les bras-reliquaires renferment ainsi un os ou un fragment d’os de bras. Dans l’ordre d’importance des reliques, le bras est considéré comme une relique « insigne », au même titre que la tête, le cœur, la langue, la main, la jambe. Il en va de même des reliques qui sont issues des parties du corps qui ont été suppliciées pendant le martyre. Les bras-reliquaires, qui se développent à partir du XIIe siècle, sont particulièrement appréciés en raison de leur capacité à être manipulés pendant des célébrations ou lors de processions.


 

Flacon-reliquaire, Espagne, premier quart du XVIIIe siècle. Verre, papier doré, métal, cire, fil d’or. Mucem © Mucem
Flacon-reliquaire, Espagne, premier quart du XVIIIe siècle. Verre, papier doré, métal, cire, fil d’or. Mucem © Mucem

F comme Flacon

La châsse, souvent perçue comme la forme-type du reliquaire, n’est pourtant pas le seul réceptacle capable d’accueillir une relique : des contenants parfois beaucoup plus modestes sont utilisés, comme ces flacons de verre scellés par un bouchon en cire ou en métal et destinés à être conservés chez soi ou même sur soi. Le décor qui peut y être apporté traduit néanmoins l’importance et le soin accordé à la relique : papiers découpés dorés, fils d’or, rubans de soie…

Châsses-reliquaire, Lyon, seconde moitié du XIXe siècle. Laiton, bronze, verre, soie, velours © Mucem
Châsses-reliquaire, Lyon, seconde moitié du XIXe siècle. Laiton, bronze, verre, soie, velours © Mucem
 

G comme Gothique

On appelle « châsse » la boîte, généralement en forme de coffret, destinée à recueillir les reliques d’un saint personnage. À partir du Moyen-Âge, ces châsses, fabriquées dans des métaux précieux comme l’or ou l’argent pour les plus prestigieux, sont richement ornées de motifs et de formes empruntés au vocabulaire décoratif et architectural de leur époque. Le goût pour le vocabulaire gothique va néanmoins perdurer bien au-delà du Moyen-Âge, comme le montrent ces reliquaires de la seconde moitié du XIXe siècle qui reproduisent les formes et les volumes de la grande architecture des XIIe au XIVe siècles.

Ostensoir-reliquaire, Rome, Italie, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois doré ou laiton, textile, verre © Mucem / Yves Inchierman
Ostensoir-reliquaire, Rome, Italie, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois doré ou laiton, textile, verre © Mucem / Yves Inchierman

O comme Ostensoir

Un ostensoir est une pièce d’orfèvrerie utilisée pendant la liturgie et dans laquelle est généralement présentée aux fidèles une hostie consacrée, pain béni devenu pour les croyants le corps du Christ. L’ostensoir peut être posé sur l’autel ou utilisé lors de processions. Certains reliquaires empruntent cette forme pour magnifier la relique : le fragment du corps du saint prend la place du corps du Christ.

Châsse-reliquaire, France, XIXe siècle. Laiton, verre, textile © Mucem
Châsse-reliquaire, France, XIXe siècle. Laiton, verre, textile © Mucem

T comme Tête

Les chef-reliquaires, reliquaires morphologiques qui reproduisent la forme d’une tête ou d’un buste pour conserver un crâne, ne sont pas les seules formes possibles pour la conservation de ce type de reste. Le crâne du saint, relique insigne, peut également être protégé dans une boîte dont les parois de verre permettent au fidèle d’avoir un accès visuel au reste du saint qu’il vénère. On peut choisir de laisser le crâne nu, visible par tous, ou bien de l’envelopper de riches parures pour le magnifier.

Boîte-reliquaire, Bavière, Allemagne, vers 1800. Bois, verre, textile. Mucem © Mucem
Boîte-reliquaire, Bavière, Allemagne, vers 1800. Bois, verre, textile. Mucem © Mucem

W comme Walburge

Des accessoires de maison de poupée ? Les reliquaires peuvent emprunter toutes les formes, y compris celle de statuettes ou même de pièces de mobilier miniatures. La statuette représentant sainte Walburge, abbesse du VIIIe siècle née en Angleterre, qui participa à l’évangélisation de la Germanie d’alors, présente en son dos une cavité à l’intérieur de laquelle est conservée la relique. Le secrétaire miniature cache quant à lui la relique de la sainte derrière l’abattant, dans une petite vitrine.

Boîte-reliquaire, Autriche, XIXe siècle. Fer, verre. Mucem © Mucem
Boîte-reliquaire, Autriche, XIXe siècle. Fer, verre. Mucem © Mucem

X comme XIXe siècle

La collection de reliquaires conservée au Mucem montre une très forte présence de pièces datant du XIXe siècle. À cette période, le commerce et la circulation des reliques sont florissants, induisant un nombre important de faux que l’Église essaie tant bien que mal de contrôler. À côté des reliquaires d’églises ou de chapelles, plus monumentaux, les petits objets de piété domestique se multiplient et simples tableaux, petits retables et ostensoirs (encore appelées « monstrances »), boîtes, statues, broches et médaillons inondent le marché de la relique.

Exposition du 10 avril au 2 septembre 2019

MUCEM Marseille

A propos christiangallo

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