Pourvu que les gilets jaunes continuent !

Les gilets jaunes sont devenus un véritable contre-pouvoir. Non pas vis-à-vis du gouvernement, mais vis-à-vis de la politique et des politiciens. Ils ne sont pas français mais mondiaux, sous d’autres noms et dans d’autres types d’action. En France, le premier exemple c’est Emmanuel Macron : il met en place une campagne pour se faire élire qui n’est ni de droite, ni de gauche. Il est élu en tant que technicien, économiste libéral. Mais de ce fait, une fois élu, il devient forcément un politique, donc rejeté. Du coup, plus de gauche et une droite frileuse qui se réfugie dans un conservatisme proche des extrêmes. 

On a d’autres gilets jaunes qui ne portent pas le label et il y en a en Italie, en Tunisie, aux Etats-Unis… Comme en France, ce ne sont pas des mouvements violents ; les dégradations sont les œuvres de casseurs que l’on rencontre quelque soit les manifestations et qui font cela pour le plaisir ou pour le vol. Ce n’est pas du tout le cas des gilets jaunes. On comprend d’ailleurs l’attitude frileuse des députés sur les lois que propose le gouvernement, copies conformes des décisions de la droite sénatoriale. 

Le mouvement des gilets jaunes est avant tout une revendication face au libéralisme : d’ailleurs leur première revendication qui va déclencher la situation est la demande de la baisse de la taxe sur les carburants. A partir de là tout s’enchaîne avec un seul et unique objectif : vivre mieux ! Vivre mieux, c’est vivre heureux, avoir du travail, s’occuper de ses enfants, bénéficier d’une retraite durement acquise et s’aimer les uns les autres. C’est cette fraternité, élément de la devise républicaine, que l’on va voir sur les ronds-points. Paradoxalement cet oubli de la fraternité a entraîné un amoindrissement de la liberté et de l’égalité. 

Comment peut-on trouver ce pays égalitaire quand face à un demi SMIC on contemple le salaire de Lionel Messi qui gagne 126 millions d’euros par an ? Comment peut-on parler de liberté quand  les forces de l’ordre attaquent les manifestants à coup de grenades lacrymogènes et de flash-ball pour les empêcher de pénétrer dans une rue ou une place ? C’est la République qui est en danger.

Pourquoi demande-t-on des référendums populaires ? Parce que la démocratie n’existe plus. Les parlementaires sont devenus des béni-oui-oui aux ordres du gouvernement quel-qu’il soit. Les conseils départementaux, les grandes municipalités, les métropoles sont formés d’hommes et de femmes prêts à renier leur idéologie pour sauvegarder leurs avantages personnels. Macron l’a compris puisque pour son grand débat il s’adresse aux maires qui sont les plus proches du peuple et souvent fidèles à leurs idées et à leurs électeurs.

La politique c’est comme une boite de conserve de poissons chez Leclerc. Il y a celui qui pêche le poisson, celui qui le congèle, celui qui le dégèle, celui qui de découpe, celui qui fabrique la boite, celui qui le met dans la boite, puis celui qui conçoit l’emballage, celui qui le met en boite, celui qui le transporte, celui qui le met dans le rayon, celui qui pose le code barre… La politique c’est devenu pareil : les strates s’accumulent et tout le monde gratte. La démocratie directe est devenue un besoin, une nécessité, pratiquement une urgence. Le rejet de ce capitalisme sauvage et purement financier qui ne reconnaît pas le travail ni l’effort risque de devenir violent.

Les partis politiques ne représentent plus grand chose, les syndicats non plus : la gauche s’est volatilisée, il n’en reste qu’une idéologie marxiste dépassée (le mélenchonisme), la droite s’enfonce avec François-Xavier Bellamy dans le conservatisme catholique inspiré par Sens commun, les amis de François Fillon. Seule l’extrême droite survit, malgré des chefs totalement incompétents comme l’a démontré Marine Le Pen. 

Et c’est justement ce qui est arrivé en Italie : face aux réformes de Matteo Renzi la Ligue du nord a pris le pouvoir accompagnée de fascistes qui entretiennent la pauvreté et déglinguent complètement le pays. Si les gilets jaunes veulent survivre c’est en ne faisant pas de politique, en ne  présentant pas de candidats aux élections européennes, mais en restant sur les rond-points, en allant dans la rue chaque samedi, en affichant leurs revendications.  

La politique désigne ce qui est relatif à l’organisation et à l’exercice du pouvoir dans une société organisée. C’est ce que font les gouvernements. Si cela insatisfait une majorité de citoyens c’est que l’organisation ne fonctionne plus. Les gilets jaunes sont ceux qui créent le passage d’un système l’autre : primordial.

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

A propos christiangallo

Rédacteur du Ficanas depuis 2005. © Le Ficanas est une marque déposée ®
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Un commentaire pour Pourvu que les gilets jaunes continuent !

  1. rover dit :

    autant on peut comprendre la genése du ras le bol et l’eclosion du mouvement des GJ, autant l’évolution en est politique et populiste / s’elever contre la democratie representative pour une democratie  » directe  » est bien une démarche politique ( au sens premier ) même si elle est « autre  » et populiste en reprenant tous les poncifs même souvent les plus lamentables qui mériteraient un bon décodeur / etrilleur comme pour Le pen et Dupont Aignan sur le pacte de Marrakech sans oublier parfois une radicalité qui a failli emporter les acquis de la revolution de 1789

    Aimé par 1 personne

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