«On ne peut pas gouverner contre le peuple.»

La phrase vient d’être dite par François Bayrou, le partenaire de la majorité présidentielle. Il ajoute « Les charges, les taxes qu’on indique, est-ce qu’elles sont à la mesure, ou en tout cas supportables par ceux à qui on les inflige ? ». Lorsqu’une action populaire est approuvée par près de 80% des citoyens, aucune force politique, qu’elle soit de droite, de gauche, du centre ou des extrêmes ne peut la récupérer. Même les syndicats sont désavoués ou tout au moins ignorés. 

La force des gilets jaunes réside au niveau de l’action par sa présence, dans sa communication dans le monde numérique et sa présence physique dans les ronds-points. Le mouvement n’arrive pas à nommer le moindre représentant pour entamer une discussion avec le gouvernement et lorsqu’il y en a, ils abandonnent la place en quittant l’hôtel de Matignon car désavoués par les membres du mouvement. Pour une fois la revendication n’est pas parisienne, même si les défilés se déroulent à Paris ; elle vient de la province, des campagnes, de la France profonde.

Les revendications sont surprenantes : moins d’impôts mais plus de services publics, moins d’élus mais plus de représentation du peuple, moins de taxes sur les carburants mais plus d’écologie. Lors des dernières élections l’abstention a atteint des sommets et ceux qui se sont abstenus ne savent plus quoi demander ; donc un seul choix, la disparition d’Emmanuel Macron. Mais qui va le remplacer ? Personne, puisque l’on ne croit plus dans les politiques. 

Le XXème siècle a été l’échec du socialisme et du communisme. Le XXIème est celui du libéralisme libertaire : avec la croyance sur une gestion du marché qui produirait de meilleurs résultats que la gouvernance, l’intervention publique montre ses faiblesses. De croire que la destruction des frontières et des réglementations (en particulier sociales) est une idéologie oligarchique qui produit des résultats catastrophiques pour le plus grand nombre. La désindustrialisation et les délocalisations en Europe ont installé un chômage de masse et favorisé l’immigration. Les Européens s’acharnent à aligner les rémunérations et les conditions de travail sur celles des populations les plus pauvres. L’agriculture disparait alors qu’elle dépend des conditions vitales d’une population. Seuls les citoyens qui ont pu acquérir en leur temps des biens privatisés par les Etats font des bénéfices : l’exemple le plus frappant est celui des autoroutes en France. 

Lors de la crise de 2007, les Etats ont, avant tout, sauvé le système bancaire et les pays occidentaux ont laissé les services publics se détériorer. Ce sont alors les plus pauvres et la classe moyenne qui voient leurs revenus s’éroder régulièrement. Parallèlement les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Les revenus de certains capitaines d’industrie et de certains footballeurs ne font qu’accroitre ce sentiment de pauvreté et d’écart des revenus. Comment demander à un citoyen, qui ne perçoit que la moitié du SMIC, d’admirer un millionaire qui tape dans un ballon ? 

Paradoxalement tout continue à fonctionner normalement, on n’est pas dans un état révolutionnaire mais psychologiquement rien ne va plus. Le gouvernement attend : les fêtes de Noël approchent et le besoin de cadeaux, de nourriture, de commémoration peut calmer l’agitation. Mais en janvier le prix de l’électricité augmente, les taxes sur les carburants également. Il fera froid et il y aura des SDF. Le nombre de pauvres qui souffrent risque de s’accroître. Quelles solutions va trouver le gouvernement ? 

Jason Herbert, représentant les gilets jaunes quitte la réunion avec Edouard Philippe en disant « Je souhaitais et j’ai demandé à plusieurs reprises à ce que cet entretien soit filmé et retransmis en direct à la télévision, cela a été refusé » . Voila la preuve que tout est devenu un problème de communication. Pas de télé, pas de négociation. Le gouvernement envoie en force ses ministres sur les plateaux de télévision, et les chaines d’information continue passent leurs journées à recueillir du micro-trottoir. Le moindre rassemblement de trois ou quatre personnes meuble l’antenne ; ce troisième samedi de manifestation sur les Champs-Elysées va être le sujet principal des médias. En fonction de la fréquentation les télévisions vont décider du succès ou de l’échec du mouvement. Si quelques casseurs se manifestent l’image sera bonne et l’audimat en hausse.

Au Parlement les partis de gauche s’agitent pour déposer une motion de censure contre le gouvernement afin, disent-ils, de « sortir de la crise ». Marine Le Pen veut dissoudre l’Assemblée, Laurent Wauquiez souhaite un référendum et même François Hollande joue la mouche du coche en demandant aux manifestants de rester mobilisés. Mais se rendent-ils compte que tout le monde se fout de leurs remarques et qu’ils sont responsables de la situation ? Quant au gouvernement ses réponses ne sont même plus écoutées ; comment peut-il alors gouverner avec et pour le peuple ?

Christian Gallo – © Le Ficanas ® – Photo : Olivier Saint-Hilaire/Haytham-Rea

A propos christiangallo

Rédacteur du Ficanas depuis 2005. © Le Ficanas est une marque déposée ®
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