Le Festival de Cannes a peur des journalistes !

C’est France 3 qui vient de publier ce communiqué : « Les 200 professionnels de l’Union française des producteurs de cinéma se sont prononcés en faveur de la fin des avants-premières pour la presse pour la prochaine édition du Festival de Cannes. » Jusque dans les années quatre-vingts, le matin était projeté, uniquement pour les journalistes, le jury et les critiques, les films qui seraient vus l’après-midi et le soir par un public en tenue de pingouins. Petit à petit il avait été admis à ces projections le public cannois qui n’avait pas les moyens des tenues devenues indispensables pour assister aux projections dites de gala. La salle ne s’exprimait pas à la fin des films. L’avantage de ce système était que les critiques pouvaient rapidement publier leurs papiers dans la presse de l’après-midi ou à la radio et à la télévision (aujourd’hui sur le web). 

L’union française des professionnels de cinéma vient de déclarer : « Cette mesure se justifie au regard de l’ambition que les producteurs attendent du Festival de Cannes : être le lieu de l’émotion collective et de la célébration du cinéma dans sa diversité ». Ça ne veut pas dire grand-chose si ce n’est que les producteurs prennent le risque de diffuser un navet et tiennent quand même à gagner de l’argent. Alors partant sur le principe vox populi, vox Dei, il suffira de quelques têtes d’affiches, présentent dans la salle, pour susciter un triomphe qui conditionnera les critiques.

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Maurice Pialat – Palme d’or 1987 pour « Sous le soleil de Satan » sous les sifflets de la salle.

Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, a même ajouté que le but était de redonner « toute leur attractivité et tout leur éclat aux soirées de gala ». Comment le festival l’aurait-il perdu ? Les médias ne veulent-ils plus filmer les fessiers des ces vedettes qui montent l’escalier ? La promotion des producteurs va donc devenir le seul critère de sélection pour aller voir un film. 

Cela me rappelle un scandale cannois retentissant : en 1987 le président du jury était Yves Montand et l’on promettait en ouverture du festival un film de Francesco Rosi, super production franco-italo-colombienne, « Chronique d’une mort annoncée », un navet (que la télévision programme toujours). Gérard Lefort publie alors dans Libération la critique suivante sous le titre « Chronique d’une merde annoncée »: « Riche, comme les pâtes, en casting et en budget (12 millions de dollars), Chronique d’une mort annoncée de Francesco Rosi rend hommage à la célèbre pub Nescafé : images spéciale filtre, acteurs lyophilisés, arôme colombien. Café bouillu, café foutu (…). Par contraste, le seul qui casse quelque peu cette baraque, c’est, à la surprise générale, Anthony Delon. A l’inverse de ses colistiers, on n’a jamais l’impression pénible qu’il va vous vendre son tapis (…). Il ne fait pas l’acteur et du coup, il impose son évidence : jeune, fringant, noceur, insolent et beau ». 

L’article nous avait beaucoup plus amusé que le film d’une longueur désespérante et d ‘un ennui profond. La polémique fut retentissante, les producteurs accusant le critique d’avoir coulé le film. Il faut dire qu’en ce temps-là le cinéma conservait encore un aspect artistique et ne se contentait pas d’être une industrie rémunératrice.

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

A propos christiangallo

Rédacteur du Ficanas depuis 2005. © Le Ficanas est une marque déposée ®
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