Élections : la France a peur !

C’était le journal télévisé du 18 février 1976. Roger Gicquel, le présentateur, ouvre le journal du soir avec la phrase devenue célèbre « La France a peur ». Il ne s’agissait pas de politique mais de l’affaire Patrick Henry. Depuis on l’utilise a toutes les sauces, mais il faut avouer qu’elle se prête bien aux avatars de ces derniers jours.

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Roger Gicquel le 18 février 1976

Le président de la République, François Hollande, que l’on croyait silencieux jusqu’aux résultats du premier tour, se déchaine subitement dans les colonnes du Monde et en aparté déclare « cette campagne sent mauvais ». Il faut dire que de voir les deux partis populistes grimper à l’assaut des sondages, il ne s’y attendait pas. Marine Le Pen, ça il le savait, mais Jean-Luc Mélenchon !!! En ayant décidé de partir, il avait gentiment envisagé de laisser derrière lui un pays propre et tranquille avec un chef d’État bien républicain ; il en va de sa notoriété vis à vis de l’histoire. Mais les surprises n’ont pas manqué. Tellement détesté par le peuple de gauche, il a entrainé son premier ministre Emmanuel Valls dans la bérézina des primaires et s’étonne de voir un dissident, Benoît Hamon, choisi comme candidat. Bien parti au départ avec une idée fondamentale, il va, petit à petit, quémander des soutiens gouvernementaux en rabotant son projet. François Hollande va alors ignorer le candidat du PS et tous les autres dans la même foulée, même Macron. Quant à Mélenchon, il ne sait pas qui il est probablement : un homme qui a osé quitter le PS !

Mais il n’y a pas que le président ! Il y a François Fillon. L’homme qui passe son temps à expliquer le pourquoi et le comment de ses calembredaines et de ses hypothétiques mises en examen, a peur à son tour. Qu’il ait peur de se retrouver devant les juges s’il n’est pas élu, on s’en doute, mais il y a pire. Jean-Jacques Bourdin organise tous les jours une émission où il reçoit les onze candidats sur le thème « Entretien d’embauche ». Premier partie le programme du candidat, deuxième sa personnalité. Tous viennent et Fillon va insister pour venir le dernier, le vendredi 21 avril, dernier jour de la campagne électorale, à l’avant-veille du scrutin. Mais ce matin on apprend qu’il ne viendra pas ; ce serait le seul. Très rapidement tout le monde conclut qu’il a peur des questions de Bourdin… Ça promet pour un futur chef d’État.

Que Le Pen, Macron, Fillon et Mélenchon aient peur de ne pas être sélectionnés pour le deuxième tour de l’élection, cela s’entend bien. Tous les autres font de la figuration, parfois intelligente d’ailleurs. Mais l’électorat a aussi peur, et les quatre principaux candidats vont jouer sur ces peurs pour se faire élire. Menaces, dangers, phobies sont des outils bien pratiques pour affoler les masses populaires. Comme l’a écrit Georges Shénadé « Un homme qui a peur est efficace et dangereux, si l’on sait s’en servir ». Et les communicants de nos bien-aimés candidats le savent et utilisent joyeusement leurs méthodes pavloviennes pour mettre le feu aux poudres quotidiennement. Transformer une crainte, même irréelle, en réflexe conditionné, voilà une sureté impitoyable pour glisser le bon bulletin dans l’urne. La Le Pen par exemple surfe gentiment sur l’expérience de son père : des décennies de peurs bien entretenues, raffinées, même plus affirmées, simplement suggérées. Un triomphe ! (Au passage l’auteur remercie ceux qui lui envoient anonymement des messages d’insultes : jouissif). Mais les peurs outrancières de l’extrême-droite deviennent petit à petit celles des autres candidats maintenant. Cela permet à Florian Philippot de dire qu’ils l’avaient tous dit avant…

La France à peur ? Bien sur on malaxe les citoyens depuis des années en leur peignant un avenir sombre et dangereux. Vous vous souvenez d’un certain de Gaulle qui avait mis en scène son départ à Baden-Baden, histoire de faire peur aux français ? Vous vous souvenez d’un certain Mitterrand qui avait mis en scène sa peur d’être tué à l’Observatoire ? Alors si vous y trouvez du plaisir continuez à avoir peur, vous ravirez les candidats, car comme disait Sartre « La peur, la mauvaise conscience sont un fumet délectable pour les narines des Dieux ».

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

A propos christiangallo

Rédacteur du Ficanas depuis 2005. © Le Ficanas est une marque déposée ®
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Un commentaire pour Élections : la France a peur !

  1. Arrêtons d’avoir peur.
    Deux candidats sont discrédités par l’avalanche des affaires les concernant et en plus pour MLP un inquiétant retour au négationnisme du FN de papa ; le tribun de l’extrême gauche dont peu de ses soutiens ont réellement lu le programme directement issu de l’extrême gauche des années 70 malgré l’apparente modernité des réseaux sociaux et des hologrammes. Reste un Macron qui garde toute sa crédibilité et porte un réel espoir de changement responsable… Sa ligne ni droite ni gauche est certes difficile à tenir mais c’est la seule opportunité de renouvellement en profondeur de la vie politique dont la France à le plus grand besoin.
    Réfléchissons bien : s’abstenir c’est conforter le FN dont les électeurs sont ultra mobilisés.
    Alors gardons l’espoir que la France restera le pays des droits de l’homme, un phare indispensable dans ce monde de brutes livré aux états continents dont le plus puissant d’entre eux, les Etats Unis, est maintenant dirigé par un personnage imprévisible…
    Bonne fin de campagne quand même…

    Christian Depardieu

    Aimé par 1 personne

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