Voici revenu le temps des promesses et du merle moqueur.

Primaires à droite, peut-être primaires à gauche, Mélenchon, Le Pen et les autres, tous préparent leurs armes, les fourbissent, les astiquent, vérifient que le fil des épées est bien tranchant. Tous se préparent pour les 27 avril et 7 mai 2017 ; certains à droite commencent pour les 20 et 27 novembre prochain. A gauche on ne sait pas ; va-t-on respecter le droit divin « le roi est mort, vive le roi » ou bien révolutionner le parti en frondant ?

A peine nous venons de quitter deux campagnes électorales, départementales et régionales, que tous entament un long chemin en vue d’obtenir l’onction suprême, celle de chef de l’Etat. Le gagnant aura droit à un palais au faubourg Saint Honoré offert par un lointain souverain à sa maîtresse, un pavillon à Versailles, à 858 employés qui coûtent 67 millions d’euros par an, à 700 policiers, un Airbus A-330, quatre Falcon, trois hélicoptères et une Citroën DS 5 Hybrid4, grise galéna avec toit ouvrant et deux autres voitures de la même marque. La belle vie !

Pour devenir cette personne sacrée, la plus puissante du royaume franc, à qui on va octroyer tous les pouvoirs, il faut gagner le poste. Mais la monarchie est devenue républicaine et n’est plus héréditaire. En ces temps lointains on pouvait toujours exiler quelques cousins qui osaient prétendre à votre trône, aujourd’hui on doit faire face au vieil adage « Vox populi, vox Dei », la voix de dieu étant celle du suffrage universel à deux tours, méthode d’aspect démocrate, mais qui en fait se transforme en un mécanisme compliqué et pervers, objet de manipulations électorales.

Les candidats le savent bien et la course vers l’Elysée n’est pas de tout repos. D’ailleurs en l’an 798, Charlemagne recevait une missive qui disait « Nec audiendi qui solent dicere, Vox populi, vox Dei, quum tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit » que l’on peut traduire par « Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie ». Et là est tout le problème, le peuple est fou ; il est même inconstant, voire frivole.

N’a-t-il pas pris l’habitude de détester ce qu’il a aimé ? Il s’enthousiasma pour Nicolas Sarkozy qui, dès le lendemain en montant sur un navire, s’attira une forme de détestation. Il le remplaça par François Hollande qu’il n’aima pas, à peine fut-il parvenu aux marches du palais, pour ne pas avoir raccompagné à sa voiture celui qu’il venait d’évincer. Pourtant tous veulent obtenir le trône, même pour cinq petites années.

Il va donc falloir séduire les Français à coups de promesses pendant une année et demie. Le petit père Queuille, qui fut trente fois ministre ou secrétaire d’Etat, disait « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». Depuis tous les candidats respectent cette phrase et la mettent en application. Mais du temps où seule la presse écrite était le vecteur de communication électoral avec les meetings, on avait, en relisant, le temps de la réflexion. Aujourd’hui c’est terminé : il faut être quotidiennement présent à la télévision, quitte à se faire massacrer par quelques journalistes vicieux qui doivent faire monter l’audimat et leurs carrières. Alors les questions fusent, l’orateur est sans cesse interrompu, et il doit préparer quelques slogans significatifs avec des mots choisis par ses communicants qu’il va devoir répéter d’un plateau de télévision à l’autre.

commune-de-paris-1871_larmee

Les victimes de ses diarrhées verbales ce sont les téléspectateurs qui, comme c’est bizarre, sont également des électeurs… Ils pourraient ne pas allumer leur poste de télévision, mais que raconter le lendemain ? Ils pourraient regarder un autre programme, mais les chaînes elles-mêmes vont les conditionner par des encarts publicitaires pour qu’ils se sentent obligés de regarder et même, ce qui est pire, d’écouter ! Et là, la substantifique essence produite par la pensée des politiques va se répandre dans leur cerveau pour les conditionner, pour que le petit bulletin que l’on va leur confier le 27 avril permettent à un des candidats de se couronner.

« Je ne vote plus depuis dix ans parce que je pense que cela ne sert à rien » disait un habitant du Calvados et il soulignait « l’inaction des instances élues, quelle que soit leur place dans le millefeuille de l’Etat ». Ce sentiment de l’inutilité du vote est de plus en plus en plus partagé. Agiter le drapeau du fascisme, comme dans le temps on agitait celui du communisme, ne suffit plus. Depuis qu’en 2005 les Français avaient voté « non » au traité constitutionnel européen et qu’en 2008 les représentants du peuple avaient ratifié le même traité au Parlement, plus personne ne croit dans la valeur des hommes politiques.

Le temps des promesses est revenu mais quitte à imiter Jean Baptiste Clément « Quand nous chanterons le temps des promesses, sifflera bien mieux le merle moqueur »…

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

La Commune de Paris 1871 par Larmee

A propos christiangallo

Rédacteur du Ficanas depuis 2005. © Le Ficanas est une marque déposée ®
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