Nice : la peur au ventre.

Jeudi, un agent vérifiait, à sept heures du matin, les boites d’appâts installées dans le quartier des Liserons pour lutter contre les rats. Il va recevoir un projectile sur la tête jeté d’un immeuble et, le visage en sang, sera transporté à l’hôpital. C’est une situation regrettable à laquelle font face régulièrement différents services : pompiers, ambulanciers, policiers…

Alors Christian Estrosi, maire de Nice, président de la métropole Nice Côte d’Azur, président délégué de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, président du conseil de surveillance du CHU de Nice fait une déclaration :

«Je suis en colère ! Il m’est insupportable qu’un de mes agents, qui intervient dans le cadre de ses missions pour améliorer la qualité de vie dans ce quartier, soit victime d’un tel acte odieux. J’ai reçu cet agent, je lui ai fait part de tout mon soutien et de la pleine solidarité de la Ville de Nice. L’Etat de non-droit, ça suffit ! Je refuse que nos agents aillent travailler la peur au ventre. La Ville de Nice et la métropole Nice Côte d’Azur font tout ce qu’elles peuvent pour améliorer le cadre de vie aux Liserons mais sans l’Etat, rien ne sera possible durablement. La Ville de Nice porte plainte dès aujourd’hui. Je demande à ce que tout soit mis en œuvre pour retrouver l’auteur de cet acte inqualifiable et que la peine la plus sévère soit appliquée. Je me suis entretenu, cet après-midi, avec le Préfet des Alpes-Maritimes et lui ai demandé d’intervenir pour que des moyens soient mis en œuvre.»

Bonne nouvelle : la victime va bien puisqu’elle a été reçue par le maire. Mais une fois de plus c’est la faute de l’Etat semble-t-il (comme un dans la nuit d’un triste 14 juillet). Si on connait Les Liserons, on sait que ce n’est pas un quartier de tout repos. Mais on peut se demander ce qu’a fait la Ville de Nice pour que les choses changent. Il y a-t-il eu de gros efforts pour équiper le quartier, a-t-on installé un tissu associatif au bénéfice des habitants, a-t-on assuré une mixité sociale permettant une vie plus tranquille ? On peut se demander si la Ville de Nice ne s’est pas contentée de laisser pourrir une situation difficile au lieu d’intervenir. Pourquoi ne pas y faire passer l’Iron Man l’année prochaine par exemple ?

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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Les « likes » vont-ils disparaître ?

C’est l’Huffpost qui vient de publier cette information : Facebook, comme l’a déjà fait Instagram dans certains pays et l’a testé Twitter, n’afficherait plus les « likes » à la suite des publications. Ils seraient simplement visibles de la part de leurs auteurs. « Cette modification majeure permettrait d’alléger quelque peu la pression sociale liée au besoin de gagner l’approbation de ses pairs, et de concentrer l’attention sur le contenu en soi, plutôt que sa popularité. »

Lorsque l’on regarde la télévision on nous cite sans arrêt le nombre de « like » qu’à récolté tel chanteur, acteur ou homme politique. Un événement suscite souvent une émotion telle qu’elle finit au travers de ces appréciations de transformer le dit événement en une situation culte ! De là à ce que se mette en place une opération de marketing à finalité commerciale c’est courant. Elle est complémentaire au nombre de participants à un concert ou une manifestation, au nombre de spectateurs au cinéma, au nombre de disques vendus.

On va le voir avec les élections municipales de mars prochain. Les politiques ont pendant longtemps dédaigné les réseaux sociaux ; aujourd’hui c’est leur principal moyen de communication et ils mesurent leur popularité en fonction des « likes » qu’ils reçoivent. Ils ont même mis en place des structures pour provoquer ces appréciations et écrire des commentaires dithyrambiques. Quand on sait que nombreux sont les internautes qui ne s’intéressent aux sujets publiés qu’en fonction du nombre de « like », on conçoit qu’il n’y a pas de réflexion par rapport à une information, mais seulement une réaction émotive. Au Ficanas on a constaté cette situation lorsque l’on voit de très nombreux commentaires par rapport aux articles publiés : un mot, dans un titre suffit à provoquer une avalanche de commentaires et de « likes » qui n’ont aucun rapport avec le sujet abordé…

La suppression des « likes » à la suite des publications sur Facebook va-t-elle engendrer une frustration ou bien une satisfaction ? La réaction est-elle émotive ou réfléchie ? Si Facebook met en place cette mesure, on va vite le savoir.

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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Nice : les aventures de Thérèse, la marchande de socca.

Je regardais sur Facebook une photo de Thérèse, la marchande de socca de Saleya. La personne qui l’a publiée pensait que la famille actuelle avait conservé le nom de la célèbre Thérèse de jadis car c’était leur aïeule. Il n’en n’est rien, ceux qui y sont aujourd’hui sont originaires d’Afrique du Nord et celle de l’époque était une Niçoise bon teint (ou d’origine italienne selon certains). Peu importe mais l’originale ne manquait pas d’humour et animait tout le cours.

Thérèse et la Fiat 500.

En ce temps-là, il n’y a pas si longtemps de cela d’ailleurs, le Cours Saleya était encore recouvert d’un toit en béton, car dès l’aube il abritait le grand marché de Nice avant qu’il ne parte en face de l’aéroport.

En son centre régnait Thérèse, la marchande de socca, qui commençait sa journée très tôt le matin, mais qui restait en place jusqu’à midi quand les professionnels étaient remplacés par les clients du quartier. Thérèse ne manquait pas de verve, se mêlait sans cesse à la conversation de ses clients, et ne se gênait pas pour faire des commentaires en niçois ou en français.

Le pourtour du cours était interdit à la circulation pour ne pas gêner les commerçants. Mais ce jour-là un touriste égaré, conduisant une Fiat 500, décide de passer outre l’interdiction. En plus, comble de malchance, il est immatriculé à Paris, faute impardonnable !

La rue est totalement encombrée par les charrettes des maraîchers, le véhicule ne peut plus avancer et son conducteur décide tout simplement de klaxonner. Il donne en outre quelques coups d’accélérateur pour faire vrombir son moteur, ce qui parfume l’environnement d’oxyde de carbone et cela à quelques mètres de l’odorante plaque de socca de Thérèse.

Son sang ne fait qu’un tour, elle ameute la moitié du marché, prend à témoin les clients qui attendent d’être servis et hèle deux forts des halles qui traînaient au bar voisin : « Enlevez-moi ça d’ici ! De suite ! »

Les deux forts arrivent, soulève la Fiat 500, tandis que le conducteur debout dans la voiture hurle, et vont la déposer dans la rue Sainte Marie entre la chapelle de la Miséricorde et la Cambuse, rue tellement étroite qu’il devient impossible d’ouvrir les portières du véhicule. Le parisien s’en échappera par le toit.

Ouf ! La socca de Thérèse était sauvée…

Thérèse et les Français.

À la fin des années soixante-dix, je faisais la queue, le matin vers dix heures, avec ma petite amie, car comme tout bon niçois nous nous devions de sacrifier à la dégustation de la socca de Thérèse à l’heure dite. Hélas la plaque venait de se terminer avec le client qui était devant nous, et nous attendions la nouvelle. Nous en profitions pour deviser sur mon avenir professionnel, car le lendemain matin j’allais occuper mon premier emploi de chef de publicité dans une grande entreprise nationale à Antibes.

Mon amie me demanda alors : « Mais tu sais où sont les bureaux ? » Je lui répondis que non, mais que je trouverai bien. Les niçois vont en effet plus souvent la nuit à Juan les Pins que le jour à Antibes.

Thérèse comme à son habitude se mêla de la conversation, me regarda et déclara d’un ton apitoyé : « Et ben, mon pauvre, vous avez pas de chance. Vous allez travailler chez les Français ? »

Décidément il est des frontières indestructibles.

Porteurs de socca dans « A propos de Nice » de Jean Vigo. 

Thérèse et son loyer.

Thérèse avait donc décidé de lui payer son loyer le dernier jour du mois, que celui-ci soit férié ou pas, à une heure bien précise. Si l’homme n’était pas présent le jour dit à l’heure dite, il attendrait le mois suivant pour recevoir son subside.

Le personnage était quand même remarquable. La socca était fabriquée dans une cave du Vieux Nice, où se situait le four. Son employé arrivait ensuite en hurlant sur le cours en poussant une charrette à bras où trônait l’odorante plaque. Mais cette cave n’appartenait pas à Thérèse. Elle la louait pour quelques centaines de francs à un vieux Niçois. Puisqu’il était propriétaire d’une cave c’était donc, à ses yeux, un bourgeois capitaliste, et il fallait bien le lui faire sentir.

Mais l’épreuve ne s’arrêtait pas là. La cuisinière le recevait dans la cave, devant le four, lui payait son dû avec les pièces de 1, 5, 10 et 20 centimes qu’elle avait reçues de ses clients et le forçait à toutes les compter, pour lui prouver qu’elle ne se trompait jamais.

C’est un train qu’elle aurait pu remplir à elle toute seule avec ses pièces jaunes.

Christian Gallo – © Le Ficanas ® – Extraits des « Dessous de la Côte » et d’émissions pour Radio France.

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Nice : l’art dans le bordel !

A Nice on n’aime pas trop l’art : on ferme les galeries municipales les unes après les autres. Tout d’abord les trois galeries du Vieux-Nice, puis la galerie de la Marine au pied du château et enfin la galerie des Ponchettes que l’on songe à détruire. C’est pourtant là qu’a été fondé le musée d’art moderne en 1946 par l’UMAM à la demande de Matisse et de Bonnard.  Mis à part le Mamac il ne reste que les abattoirs perdus le long du Paillon. En revanche, le département  gère le musée des Arts asiatiques et la galerie Lympia, sur le port, dans l’ancien bagne et la tour de l’horloge. Alors quand on voit la Ville ouvrir un espace muséal, on ne peut qu’applaudir, si ce n’est que, bizarrement, le nom surprend : galerie du Babazouk ! Mais d’où vient ce nom bizarre ?

Le Vieux-Nice  est aujourd’hui bien rangé. Les restaurants, les boutiques, un musée, les théâtres s’alignent bien sagement le long des ruelles. Et si certains se plaignent parfois du manque de propreté des lieux, rien n’est comparable à l’état de ce quartier au XIXe siècle. L’endroit était alors d’une saleté redoutable. Un certain Franceschin qui habitait à Alger dans le quartier arabe nommé El Bazoum revint à Nice et installa une buvette dans le cœur de la vieille ville, dans la chapelle Saint-Joseph. Ce quartier était aussi sale et malodorant que celui d’Alger qu’il venait de quitter, et pour plaisanter il le surnomma le Babazoum.

En 1862, les pêcheurs se déguisèrent en arabe pour le corso du carnaval et se nommèrent les babazouks. Le mot vient directement de l’arabe « bab el souk », la porte du souk. 

Mais les niçois préféraient la terminologie Babazouk qui correspondait mieux à la terminologie du souk arabe, le Vieux-Nice ayant toujours été un quartier commerçant. Le mot est resté. Et depuis, tandis que la France entière dit « C’est le bordel », à Nice on dit : « C’est le babazouk ».

C’est donc dans un bordel que la Ville de Nice inaugure une galerie d’exposition non-commerciale, réservée aux artistes locaux. Signalons quand même que cette galerie fait partie de celles qui furent fermées ; il n’y a pas de génération spontanée. Pour que tout cela fasse bien niçois, c’est Christian Estrosi accompagné de Jean Ferrero qui l’a inaugurée en présentant des œuvres de Guichou. Cette artiste a acquis une certaine célébrité en mâchant du chewing-gum et les avait exposés aux Bains-Douches d’Antibes. Comme le faisait remarquer Art Côte d’Azur, « Mais personne encore avant Guichou n’avait songé à la noblesse du chewing-gum et à en tirer parti de si belle manière. Oui, le chewing-gum mâché devient ici matériaux d’excellence, révèle des qualités plastiques insoupçonnées. » Quelle bonne idée ; après tout ça va nous changer des fameuses boites de Manzoni réservées, elles, au Mamac.

Mais Guichou est revenue à une expression plus classique et on retrouve avec plaisir les portraits que l’on avait vus sur le port d’Antibes. Souhaitons que la Ville se décide à ré-ouvrir les autres galeries qu’elle avait fermées…

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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Antibes : l’art sur le port.

Summer Antibes Art Fair prend une nouvelle fois ses quartiers d’été sur l’esplanade du pré des Pêcheurs, face au port Vauban, contre les remparts de la vieille ville, du 24 août au 2 septembre. Art moderne et art contemporain seront représentés durant le Salon d’été d’Antibes. A leurs côtés, une sélection de mobilier du 20ème siècle et design, d’antiquités et d’arts océaniens, Dans chacun de ces secteurs, les exposants spécialisés présenteront leurs plus belles pièces: tableaux, sculptures, photographies, mobilier, objets de collection et de décoration, luminaires, orfèvrerie, tapis, bijoux, arts de la table…

David David

Le salon réunit une soixantaine d’exposants sélectionnés pour proposer un panorama des tendances actuelles. Tous les stands proposent des pièces uniques, rares et exceptionnelles. Galeristes, artistes et antiquaires sont répartis dans les tentes installées sur l’esplanade du Pré des Pêcheurs. Les œuvres des grands maîtres de la peinture du 20ème siècle côtoient celles des artistes en vogue de la scène contemporaine. Côté mobilier et déco, le design et le vintage sont au rendez-vous. Le choix proposé répondra ainsi à tous les goûts des amateurs, passionnés et collectionneurs d’art. C’est également l’occasion de découvrir l’exposition consacrée à William Sweetlove, présentée tout l’été à Juan-les-Pins par la Mairie d’Antibes, dont quelques œuvres sont présentées en exclusivité sur un stand du salon.

Tous les jours du 24 août au 2 septembre 2019 de 11h à 13h et de 16h à 21h – www.summerartfair-antibes.com

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Lutte contre les migrants mineurs dans les Alpes-Maritimes.

Installer un centre pour mineurs dans le département ne fait pas plaisir à tout le monde, loin de là. Mais pourquoi à Saint Agnès ? Marie-Christine Franc de Ferriere est conseillère municipale et communautaire à Roquebrune-Cap-Martin et nous raconte l’historique de cette situation où l’on se rend compte que le problème est plus à Roquebrune qu’à Sainte-Agnès : « Roquebrune-Cap-Martin possède une propriété dans le village de Sainte-Agnès qui se trouve perché à 800 mètres d’altitude, village du littoral le plus haut d’Europe. Cette propriété a servi pendant des décennies comme centre de vacances pour les enfants de la commune de Roquebrune Cap Martin. Ce bâtiment se trouve en pleine nature et les enfants adoraient y aller pour découvrir la nature et profiter du bon air.

Photo : Frédéric Cerulli / France Télévisions

La commune de Roquebrune-Cap-Martin a décidé de ne plus entretenir ce bâtiment et organise maintenant son centre de loisirs dans une école préfabriquée datant des constructions avec de l’amiante et avec une cour bitumée sous 40 ° de température, sous prétexte qu’elle n’avait pas les moyens de faire des travaux dans sa propriété de Sainte-Agnès. Il est évident que laisser les enfants dans une école pendant toutes les vacances alors que la commune possède ce bâtiment est un véritable non-sens pour ne pas dire plus.

Cette propriété étant abandonnée depuis 2015 par la commune de Roquebrune Cap Martin, elle a été réquisitionnée par l’Etat pour y mettre des mineurs migrants. Le département y a fait des travaux pour 300 000 euros. C’est une somme largement à la portée de la ville de Roquebrune-Cap-Martin. »

Le maire de Roquebrune, Patrick Cesari, affirmerait que sa commune ne possède pas 300.000 euros pour entretenir ce patrimoine. Madame Franc de Ferriere, qui est conseillère municipale d’opposition mais aussi expert-comptable et commissaire aux comptes, fait part des dépenses et emprunts de la commune et de l’argent dilapidé par le maire depuis l’an 2000. Elle ajoute « Dans un article de Nice-Matin du 11 juillet 2019, le journaliste demande au directeur adjoint à l’enfance du département pourquoi ce bâtiment a été réquisitionné pour les jeunes migrants. Celui-ci a répondu clairement : « parce qu’il était disponible ».

Il s’agit d’héberger dans ce centre 54 jeunes mineurs par décision du Préfet des Alpes-Maritimes Bernard Gonzales. Le site Riposte laïque précise « les migrants n’auront rien à faire et pourront se consacrer en toute liberté à l’oisiveté la plus dangereuse pour nos concitoyens, propice à développer tous les vices et surtout les vols, les diverses agressions qui sont leur spécialité et pire encore. » Arguments traditionnels d’un public ségrégationniste de Trump à Salvini, électoralement très porteur à notre époque. Mais en fait il s’agit également d’un Clochemerle du pays mentonnais.

Le maire de Sainte-Agnès affirme « On nous a mis au pied du mur » et il ajoute « Il y a des locaux disponibles en zone urbaine! Ici, il faut 30 à 50 minutes pour que quelqu’un monte, ou pour descendre ». Cela s’adresse bien sûr au préfet, mais également au maire de Menton et à celui de Roquebrune. En réalité il y aura des navettes entre le centre et la côte et 28 accompagnants vont être engagés. 

Les habitants de Sainte-Agnès affirment majoritairement qu’ils ne sont pas racistes et l’un d’entre eux (comme l’affirme France3) annonce : « Est-ce que ça se passera bien, ou pas bien, en tout cas ça fait un petit peu peur à tout le monde et on nous impose ça alors que Cesari ne les a pas voulus en bas! C’était la fin de son électorat ! »

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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Mocky, un niçois qui vient de disparaître.

Jean-Paul Mokiejewski est né à Nice le 6 juillet 1929 de parents polonais. Il est chauffeur de taxi et Pierre Fresnay, qui lui trouve une ressemblance avec Gérard Philipe, l’engage au théâtre de la Michodière pour interpréter un rôle dans une version contemporaine de Phèdre. Il va se retrouver au Conservatoire, dans la classe de Louis Jouvet, en même temps que Claude Rich, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer et Jean-Paul Belmondo.
Sa première apparition sur les écrans se fera dans « Orphée » de Jean Cocteau.
Il s’envole pour Rome et devient l’assistant de Fellini (La Strada) et de Visconti (Senso) avant de continuer sa carrière d’acteur mais toujours dans des navets sans lendemain.

Mais Mocky veut être célèbre, et en 1959, il effectue son premier long-métrage, « Les Dragueurs ». Depuis il réalise, pratiquement, un film par an. Sa production est inégale et a comme seul objectif de dénoncer les scandales. Mocky est l’anarchiste du cinéma français et pour pouvoir l’être librement, il va financer lui-même ses films dans des tournages très rapides et efficaces. Nombreux sont ses spectacles qui vont paraître bâclés. Ils sont plus l’œuvre d’un pamphlétaire que d’un cinéaste. Mais si Mocky dénonce, il ne s’engage pas. Il déclarera : « Moi, mon parti précis, c’est de faire éclater la vérité partout, de foutre les pieds dans le plat ».

Mocky à la une du premier numéro du Ficanas d’aujourd’hui

Les cibles ne sont pas des moindres : l’administration avec « Les Compagnons de la Marguerite », la télévision avec « La Grande Lessive », la spéculation avec « Chut ! », la presse dans « Un linceul n’a pas de poches », le fanatisme avec « A mort l’arbitre ! », le business religieux dans « Le miraculé » et surtout la politique et les politiciens avec « Snobs, », « Solo », « L’albatros », « Le piège à cons » et « Une nuit à l’Assemblée Nationale ».
Tous ses films ont une autre caractéristique, une sexualité bestiale, vulgaire, débridée, qui, souvent, ne manque pas d’humour. Qui aura oublié Jacqueline Maillan habillée en petite fille, et animatrice de téléphone rose dans « Les saisons du plaisir »?

Ses films privilégient le message au détriment de la qualité de l’image et de la mise en scène. pourtant l’un d’entre eux va regrouper les talents de Mocky «Y a-t-il un français dans la salle ?». C’est un véritable réquisitoire contre des politiciens corrompus, un corps de police gangrené et une presse qui cède au plus offrant. Le politicien de droite tombe amoureux de la fille d’un cheminot communiste et Mocky nous offre un Roméo et Juliette sur fond d’H.LM., où la masse va rétablir l’ordre.
Le film va dépasser 1.7000.000 entrées. Le scénario est en fait une adaptation de Frédéric Dard, alias San Antonio, qui travaillera sur le film.

Mais Mocky est capable du pire. A la fin des années quatre-vingt dix, ses films deviennent insignifiants. Le pénible « La Candide Madame Duff » qui fait jouer un autre niçois, Dick Rivers, qui vient lui aussi de nous quitter, passera inaperçu. Pourtant ses acteurs fétiches lui seront fidèles, en particulier Michel Serrault, qui, aujourd’hui encore, apparaît dans « Grabuge » où Mocky dénonce les trafics des cartes de séjours.

Ce niçois remuant qui entretient sa légende salace sur les plateaux de télévision, qui se qualifie lui-même de dernier monstre vivant du cinéma français, a su au moins affirmer son indépendance. Quand on gratte bien dans ses films, on y voit pourtant une mélancolie et une poésie, souvent loufoque, mais profondément émouvante.

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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Il y a 230 ans on abolissait les privilèges en France.

Dans la nuit du 4 août 1789, a lieu un événement qui va définitivement instituer la République Française. Ce soir-là, l’Assemblée Constituante met fin aux privilèges du système féodal. Depuis le 14 juillet, « la Grande Peur » a envahi les campagnes françaises. Les paysans attaquent les seigneurs et récupèrent leurs biens. Pendant ce temps-là, les députés élaborent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Face à cette crise, certains veulent affirmer les valeurs de la propriété et d’autres installer des bureaux de secours pour aider les plus pauvres. Aucune des deux propositions ne pourrait arrêter ce mouvement, et risquerait même de l’aggraver. À l’initiative du Club breton, les députés, sous la pression populaire, décident de voter l’abolition des droits seigneuriaux. À partir du 5 octobre, disparaissent les privilèges des ecclésiastiques, des nobles, des corporations, des villes et des provinces.

Deux cent trente ans plus tard, cette nuit du quatre août 2019 s’annonce bien plus calme. Nombreux sont ceux qui ont même oublié cette date, la deuxième plus importante de la Révolution française. Bien sûr, les privilèges ne sont plus ceux de la noblesse et de l’Eglise, mais les homards de la présidence de l’Assemblée nationale sont apparus fort à propos pour cet anniversaire. Les ors de la République sont les mêmes que ceux de l’ancien régime et trop souvent les ministres vivent dans des palais qui furent ceux de la noblesse issue d’un ancien système féodal.

A nouveau le peuple se sent dépossédé de son pouvoir de citoyen et le système lui semble être manipulé au profit d’une élite à laquelle il pense ne jamais appartenir. En août 1792, avec la prise des Tuileries, la monarchie disparaît. La première République durera jusqu’en 1804, remplacée par l’empire, puis la royauté, puis à nouveau l’empire et la royauté, pour enfin revenir. Aujourd’hui, cette démocratie toujours fragile semble bafouée. Si ceux qui bénéficient des privilèges ne se remettent pas en question eux-mêmes ils risquent, le plus légalement du monde, d’ouvrir la porte à l’extrémisme le plus virulent. On dira que Mussolini et Hitler sont arrivés au pouvoir légalement par la voix des urnes. On ajoutera que c’était l’Italie et l’Allemagne. Mais en France, Pétain a fait de même.

Les gilets jaunes ont été un avertissement très important. La recherche de la devise de la République, qui semble disparue, est très comparable à cette nuit du 4 août 1789. Liberté, égalité et fraternité ne sont-elles plus dignes de notre République ? 

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

Décret relatif à l’abolition des privilèges

Art. 1er L’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. Elle décrète que, dans les droits et les devoirs tant féodaux que censuels, ceux qui tiennent à la main-morte réelle ou personnelle, et à la servitude personnelle, et ceux qui les représentent, sont abolis sans indemnité ; et tous les autres sont déclarés rachetables, et le prix et le mode de rachat seront fixés par l’Assemblée nationale. Ceux desdits droits qui ne sont points supprimés par ce décret continueront néanmoins d’être perçus jusqu’au remboursement.

Art. 2. Le droit exclusif des fuies et colombiers est aboli. Les pigeons seront enfermés aux époques fixées par les communautés durant lequel temps, ils seront regardés comme gibier, et chacun aura le droit de les tuer sur son terrain.

Art. 3. Le droit exclusif de la chasse ou des garennes ouvertes est pareillement aboli, et tout propriétaire a le droit de détruire ou faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourront être faites relativement à la sûreté publique. Toute les capitaineries même royales, et toutes réserves de chasse, sous quelque dénomination que ce soit, sont pareillement abolies ; et il sera pourvu, par des moyens compatibles avec le respect dû aux propriétés et à la liberté, à la conservation des plaisirs personnels du Roi. M. le président est chargé de demander au Roi le rappel des galériens et des bannis pour simple fait de chasse, l’élargissement des prisonniers actuellement détenus, et l’abolition des procédures existantes à cet égard.

Art. 4. Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans aucune indemnité, et néanmoins les officiers de ces justices continueront leurs fonctions jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée nationale à l’établissement d’un nouvel ordre judiciaire.

Art. 5. Les dîmes de toute nature, et les redevances qui en tiennent lieu, sous quelques dénominations qu’elles soient, connues et perçues, même par abonnement, possédées par les corps séculiers et réguliers, par les bénéficiers, les fabriques, et tous les gens main-morte, même par l’ordre de Malte, et d’autres ordres religieux et militaires, même celles qui auraient été abandonnées à des laïques, en remplacement et pour option de portions congrues, sont abolies, sauf à aviser aux moyens de subvenir d’une autre manière à la dépense du culte divin, à l’entretien des ministres des autels, au soulagement des pauvres, aux réparations et reconstructions des églises et presbytères, et à tous les établissements, séminaires, écoles, collèges, hôpitaux, communautés et autres, à l’entretien desquels elles sont actuellement affectées. Et cependant, jusqu’à ce qu’il y ait été pourvu, et que les anciens possesseurs soient entrés en jouissance de leur remplacement, l’Assemblée nationale ordonne que lesdites dîmes continueront d’être perçues suivant les lois et en la manière accoutumée. Quant aux autres dîmes, de quelque nature qu’elles soient, elles seront rachetables de la manière qui sera réglée par l’Assemblée ; et jusqu’au règlement à faire à ce sujet, l’Assemblée nationale ordonne que la perception en sera aussi continuée.

Art. 6. Toutes les rentes foncières perpétuelles, soit en nature, soit en argent, de quelque espèce qu’elles soient, quelle que soit leur origine, à quelques personnes qu’elles soient dues, gens de main-morte, domaines apanagistes, ordre de Malte, seront rachetables ; les champarts de toute espèce, et sous toutes dénominations le seront pareillement, au taux qui sera fixé par l’Assemblée. Défense seront faites de plus à l’avenir de créer aucune redevance non remboursable.

Art. 7. La vénalité des offices de judicature et de municipalité est supprimée dès cet instant. La justice sera rendue gratuitement. Et néanmoins les officiers pourvus de ces offices continueront d’exercer leurs fonctions et d’en percevoir les émoluments jusqu’à ce qu’il ait été pourvu par l’Assemblée aux moyens de leur procurer leur remboursement.

Art. 8. Les droits casuels des curés de campagne sont supprimés, et cesseront d’être payés aussitôt qu’il aura été pourvu à l’augmentation des portions congrues et à la pension des vicaires, et il sera fait un règlement pour fixer le sort des curés des villes.

Art. 9. Les privilèges pécuniaires, personnels ou réels, en matière de subsides, sont abolis à jamais. La perception se fera sur tous les citoyens et sur tous les biens, de la même manière et de la même forme ; et il va être avisé aux moyens d’effectuer le payement proportionnel de toutes les contributions, même pour les six derniers mois de l’année de l’imposition courante.

Art. 10. Une constitution nationale et la liberté publique étant plus avantageuses aux provinces que les privilèges dont quelques-unes jouissaient, et dont le sacrifice est nécessaire à l’union intime de toutes les parties de l’empire, il est déclaré que tous les privilèges particuliers de provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés d’habitants, soit pécuniaires, soit de toute autre nature, soient abolis sans retour, et demeureront confondus dans le droit commun de tous les Français.

Art. 11. Tous les citoyens, sans distinction de naissances, pourront être admis à tous les emplois et les dignités ecclésiastiques, civiles et militaires, et nulle profession utile n’emportera dérogeance.

Art. 12. À l’avenir il ne sera envoyé en cour de Rome, en la vice-légation d’Avignon, en la nonciature de Lucerne, aucuns deniers pour annales ou pour quelque cause que ce soit ; mais les diocésains s’adresseront à leurs évêques pour toutes les provisions de bénéfices et dispenses, lesquelles seront accordées gratuitement, nonobstant toutes réserves, expectatives et partages de mois, toutes les églises de France devant jouir de la même liberté.

Art. 13. Les déports, droits de côte-morte, dépouilles, vacat, droits censaux, deniers de Saint-Pierre, et autres du même genre établis en faveur des évêques, archidiacres, archiprêtres, chapitres, curés primitifs et tous autres, sous quelque nom que ce soit, sont abolis, sauf à pourvoir, ainsi qu’il appartiendra, à la dotation des archidiaconés et des archiprêtres qui ne seraient pas suffisamment dotés.

Art. 14. La pluralité des bénéfices n’aura plus lieu à l’avenir, lorsque les revenus du bénéfice ou des bénéfices dont on sera titulaire excèderont le somme de 3 000 livres. Il ne sera pas permis non plus de posséder plusieurs pensions sur bénéfices, ou une pension et un bénéfice, si le produit des objets de ce genre que l’on possède déjà excède la même somme de 3 000 livres.

Art. 15. Sur le compte qui sera rendu à l’Assemblée nationale de l’état des pensions, grâces et traitements, qu’elle s’occupera, de concert avec le Roi, de la suppression de celles qui seraient excessives, sauf à déterminer à l’avenir une somme dont le Roi pourra disposer pour cet objet.

Art. 16. L’Assemblée nationale décrète qu’en mémoire des grandes et importantes délibérations qui viennent d’être prises pour le bonheur de la France, une médaille sera frappée, et qu’il sera chanté en actions de grâces un « Te deum » dans toutes les paroisses et églises du royaume.

Art. 17. L’Assemblée nationale proclame solennellement le Roi Louis XVI Restaurateur de la liberté française.

Art. 18. L’Assemblée nationale se rendra en corps auprès du Roi, pour présenter à Sa Majesté l’arrêté qu’elle vient de prendre, lui porter hommage de sa plus respectueuse reconnaissance, et la supplier de permettre que le « Te deum » soit chanté dans sa chapelle, et d’y assister elle-même. L’assemblée nationale s’occupera, immédiatement après la constitution, de la rédaction des lois nécessaires pour le développement des principes qu’elle a fixés par le présent arrêté, qui sera incessamment envoyé par MM. Les députés dans toutes les provinces, avec le décret du 10 de ce mois, pour y être imprimé, publié même au prône des paroisses, et affiché partout où besoin sera.

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De Rugy, le ministre victime de la copine de sa femme !

Décidément les écolos nous feront toujours rire. Mais celui-là bat des records. François de Rugy a confondu le ministère avec « Au théâtre ce soir ». La politique à l’hôtel de Lassay s’est transformée en « Hôtel du libre-échange » de George Feydeau. Rendez-vous des époux presque infidèles, bruissement, portes qui claquent, François de Rugy et Séverine Servat de Rugy, journaliste à Gala, ont été espionnés par la copine de cette dernière. Elle a pris des photos et les a données (ou vendues) à Mediapart. 

Décidément la dite Séverine a des problèmes avec les femmes. Elle fut mariée à un député socialiste, Jérôme Guedj dont elle a eu un garçon. Le député vit aujourd’hui avec Emilie Frèche ayant écrit un livre « Vivre ensemble » qui, aux dires de Séverine Servat de Rugy, s’inspirerait de sa vie privée. Elle a même déclaré un « viol de l’intimité sous un jour dégradant, sinon malveillant ». Elle a entamé un procès à l’auteure, puis a renoncé. 

Mais débordé par l’Assemblée nationale, François n’a rien vu venir. On ne parle pas d’un ménage à trois, loin de là, mais d’une méchante, pressée de trahir ses amis, qui pourtant l’invitaient avec des agapes délicates et onéreuses aux frais du contribuable. Ce pauvre homme cerné par ces mondanités, essayait d’en réchapper mais comment faire quand on épouse une représentante de ce que l’on nomme le « people » ? Comment peut-on, alors que sa moitié court avec ses consoeurs à la recherche du scoop, être épargné au moment où l’on est soi-même atteint par la célébrité ?

Les citoyens payeurs se gaussent et la presse concurrente s’en donne à cœur joie dans l’espoir d’augmenter son tirage en pleine canicule. Mais le plus étonnant restait à venir. Pour être président de l’Assemblée nationale, il se doit avant tout d’être député. Alors de Rugy va faire appel au jugement de Dieu. Rassurez-vous on a supprimé les joutes moyenâgeuses qui menaient à la blessure ou à la mort. De nos jours ce jugement consiste simplement à enquêter. Sauvé, on apprend alors que les dîners organisés à l’hôtel de Lassay étaient bien « des dîners professionnels ». Mais alors où était le professionnalisme pour ce repas de la Saint Valentin en 2018? La République, laïque, a-t-elle décidé de fêter tout le calendrier religieux ? Alors de Rugy nous explique : Ce soir là il n’a pas pu amener son épouse au restaurant car il était « entre deux séances » à l’Assemblée. Donc dîner au salon avec pétales de roses et bougies, ces éléments « qui n’ont pas ruiné l’Assemblée » plaide-t-il. Mais à Mediapart on découvre alors que la séance s’est terminée à 19h20 selon le compte-rendu officiel et n’a repris que le lendemain. Et en plus ce n’était pas de Rugy le président de séance !

Saint Valentin à l’Assemblée

Et bien les députés qui ont enquêté n’ont rien vu ! Ni ceux de la majorité, ni ceux de l’opposition. La solidarité de classe l’a emporté sur l’honnêteté. Depuis Richard Ferrand, l’actuel président serre les fesses ; un pet de travers et il se retrouve atomisé par les médias. Quant à François Goullet de Rugy il est exilé comme simple député de la Loire-Atlantique et va regarder d’en bas le perchoir qu’il avait tant aimé. Il va avoir le temps de lire enfin l’ouvrage qu’il avait écrit « A quoi peut bien servir un député écolo ».

Christian Gallo – © le Ficanas ®

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Pissaladière et pissala.

Une grande marque de surgelé propose une boîte contenant deux pissaladières. La photo de l’emballage semble surprenante, mais essayons !

Première surprise, les deux pissaladières sont rondes et non pas carrées comme on a l’habitude de les acheter chez son boulanger. En fait cela est normal car il ne s’agit pas de pâte à pain, mais d’une pâte brisée faite à l’huile de palme, à l’acide citrique avec de la margarine et colorée au bêta-carotène. Mais le plus surprenant vient de la garniture. Il y a effectivement des oignons, il y a un anchois, il y a deux olives (grecques, pas niçoises), mais surtout il y a beaucoup de fromage ! 

Ce n’est plus de la pissaladière, c’est de la pizza à l’oignon. Passons sur la saveur, un goût de pas grand-chose, et demandons-nous pourquoi fabriquer un tel produit en faisant croire qu’il s’agit de pissaladière. La pissaladière est en pays niçois une véritable institution, l’équivalent de la pizza pour les italiens. 

Le mot pissaladière vient de pissala, cet ingrédient qui nous vient de la Rome antique, et qui a aujourd’hui pratiquement disparu.

L’histoire du Pissala :

À l’origine, il y a le garum des Etrusques, des Grecs et des Romains. En ce temps-là nombreux étaient les aliments que l’on mangeait faisandés. En effet les moyens de conservation étaient limités, et pour faire passer le goût on assaisonnait avec le garum.
Ce garum était fabriqué en Andalousie, sur la côte méditerranéenne de la Gaule et en Ligurie.
C’est le thon rouge qui en était la base. On mélangeait le sang, les œufs et le système digestif des poissons avec une grande quantité de sel et la macération se faisait doucement.
Ensuite on mettait le tout dans des amphores spécifiques, de petites tailles, et on l’envoyait à Rome. Le goût ressemblait un peu à celui du nuoc man des vietnamiens.
Mais c’était surtout un condiment hors de prix. Imaginez que le litre de garum était vendu environ 1.500 €.
Seuls les grands chefs cuisiniers l’utilisaient pour les tables des patriciens romains.

Petit à petit ce garum a disparu, sauf dans une seule région au monde : le Comté de Nice. Non pas sous son nom d’origine mais sous celui de pissala. En effet il est indispensable dans la confection de la pissaladière et se doit d’être répandu sur la pâte avec d’y déposer les oignons.

Comment le fabriquer :

D’abord il faut de la poutine habillée (apparition des écailles) ou de la palaille. Ensuite il est nécessaire de la trier pour enlever les alevins d’anchois qui donnent trop d’amertume. Dans une grande terrine de terre on dispose une couche de poisson, du sel, du poivre en grain et quelques secrets : de la cannelle, des clous de girofle moulus, du fenouil, de la marjolaine, de l’origan… Puis l’on rajoute un couche se sel et ainsi de suite.
On ferme bien la terrine avec un couvercle en bois sur lequel on pose une pierre bien lourde. Au bout de quatre jours, le sang est remonté en surface et on le jette.
Tous les jours on remue le mélange conservé au frais dans une cave. Au bout d’un mois, environ, on obtient une pâte qui doit être tamisée et l’on dispose le pissala dans des petits bocaux en verre que l’on recouvre d’une couche d’huile.

La fabrication du pissala était une véritable industrie au XIX° siècle. Aujourd’hui il est devenu introuvable, et l’on remplace trop souvent le pissala par de la purée d’anchois.
La pissaladière n’a conservé que le nom de ses origines. Si dans les années soixante il y avait encore quelques fabricants à Nice, on en trouve un dernier, paraît-il, à Saint-Raphaël.

Mais passons à cette recette simple qui va émoustiller vos papilles.

La recette :

Tout d’abord n’oubliez pas que la pissaladière c’est de la pâte à pain et que la couche d’oignon doit être aussi épaisse que celle de la pâte.

Vous émincez trois kilos d’oignons et vous les faites fondre à feu doux avec deux gousses d’ail écrasées,  un bouquet garni et une cuillère à soupe d’huile d’olive. Ils doivent être très cuits mais ne doivent pas prendre la couleur. Ne cherchez pas à ressembler à cet oignon marron que l’on trouve dans certaines boulangeries qui vendent de la pissaladière. Il s’agit en général d’oignon lyophilisé du Japon que l’on trempe dans l’eau !

Par contre vous pouvez acheter la pâte à pain chez votre boulanger. Placez-là dans une tourtière sur une épaisseur de1,5 cm. Dès qu’elle est levée, qu’elle a doublée de volume, enfournez-là dans un four chaud pendant 10 minutes. 

Vous la ressortez et, à ce moment là, étalez vos oignons puis disposez les olives de Nice et des filets d’anchois disposés comme les rayons du soleil. Si vous avez du pissala, étalez-y quelques cuillères à café, mais n’oubliez pas un bon filet d’huile d’olive sur votre pissaladière.

Quinze minutes au four bien chaud ; un peu de poivre en sortant et ça y est elle est prête à consommer et peu se garder plusieurs jours. Ma mère, native de Beausoleil, y rajoutait un peu de coulis de tomate sous l’oignon comme on le fait en pays mentonnais et en Ligurie. Cela faisait hurler les puristes, mais l’acidité de la tomate était fort plaisante en opposition avec le côté sucré de l’oignon. 

Les ingrédients :

500 grammes de pâte à pain – 3 kilos d’oignons – 2 gousses d’ail – 50 grammes d’olives – 10 filets d’anchois – Un petit bouquet garni – De l’huile d’olive – Du sel et du poivre

Christian Gallo – © Le Ficanas ®


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