Chourouk Hriech : Chaque temps en efface-t’il vraiment un autre

« Encore une histoire de ce que l’on voit,
de ce que l’on suppose voir, 
ou de ce que nous aimerions voir… 
Un poème court qui nous placerait face à nous même. 
Car les paysages que nous supposons ne sont toujours que les reflets des pensées qui nous façonnent. 
Et il y a toujours des parts de soi-même que l’on ne connaît pas. 
Nous les rencontrons dans ce que j’appellerai la pratique du monde. » 

Le travail de Chourouk Hriech se construit à partir du ressenti des paysages qu’elle traverse, urbains ou ruraux, bucoliques ou industriels. C’est une relation constante à l’architecture qu’elle met en scène dans ses dessins mais aussi aux personnes qui traversent ces paysages. C’est cette expérience singulière qui nous a intéressés dans le travail de Chourouk. Lors de ses premières visites, l’artiste se réjouit de la lumière de Nice qui se joue des contrastes, où le blanc des façades est éblouissant, des petits riens qui seront des points de départ, peut-être. Elle repère des motifs, qu’elle empruntera sans doute, pour des clins d’œil. Avec le désir de redonner ce qui lui a été transmis, Chourouk démontre que l’art est conscience de soi, conscience du rapport de soi au monde. Ces moments, sans doute si sensibles, seront donnés à voir au Narcissio par une fresque murale, des dessins et une vidéo. 

Du 26 avril au 20 juillet 2019 (Vernissage jeudi 25 avril à 18h30)

LE NARCISSIO – 16 rue Parmentier 06100 NICE – Tél. 04 93 84 81 30 
Ouvert du mardi au vendredi de 14h30 à 18h (et bien plus) et sur rendez-vous. 


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Dufy dessine le sud.

Né au Havre le 3 juin 1877 dans une famille de neuf frères et sœurs, Raoul Dufy reçoit une bourse de sa ville natale pour étudier à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris. 

En 1903, Dufy voyage vers le Sud pour la première fois. Dès lors, toute sa vie sera ponctuée par des séjours dans le Sud de la France, d’abord à Martigues puis à Marseille, à Hyères et à Vence. Son amour pour la région n’est pas seulement dû à la luminosité exceptionnelle qui a attiré tant d’artistes du XXème siècle, mais aussi à une jolie Niçoise, Eugénie-Émilienne Brisson, qui deviendra sa femme en 1911. 

L’artiste peintre Dufy est également créateur de tissus et de tapisseries et avec le couturier Paul Poiret, il fonda une entreprise de décoration de tissus, “La Petite Usine”. 

En 1910, Dufy illustrera “Bestiaire”, recueil de poèmes de son ami Guillaume Apollinaire, puis prêtera son talent à de nombreux ouvrages. Il sera sollicité en 1930 par le marchand d’art parisien ,Ambroise Vollard, pour illustrer “La Belle Enfant ou l’Amour à 40 ans” d’Eugene Monfort. 

Souvent nommé « le peintre de la joie » ou « le peintre de la mer », Dufy Dessine le Sud et en capture les paysages, les traditions et les fêtes empreintes de gaieté et de bonheur. 

Il est fait commandeur de la Légion d’honneur en 1949 et laissera derrière lui un héritage artistique exceptionnel d’aquarelles de dessins et de céramiques. Il a également marqué son époque en réalisant plusieurs grandes décorations: le bar du Théâtre du Palais de Chaillot, la singerie du Jardin des Plantes et surtout “La Fée Électricité” pour l’exposition universelle de 1937 à Paris, le plus grand tableau du monde. 

Raoul Ernest Joseph Dufy quittera ce monde le 23 mars 1953 à Forcalquier.

Fenêtre à Nice – c. 1936
Gouache sur papier, 50 x 65cm Collection privée, France

Le projet de cette exposition est né de la rencontre de Christian Levett, collectionneur d’art et fondateur du MACM (Musée d’Art Classique de Mougins) et de Fanny Guillon-Laffaille, l’expert de Raoul Dufy et auteur des catalogues raisonnés de l’artiste. 

Dufy réalisa de nombreuses représentations de paysages et de la vie dans le Sud de la France lors de ses multiples séjours dans la région. Une sélection d’aquarelles, de peintures et de dessins vous transporte dans l’atmosphère de fête et de joie-de-vivre que l’artiste a su capturer à travers un coup de crayon ou de pinceau. Que ce soit un événement festif ou un jour de marché, Dufy arrive à faire sortir de ses œuvres les bruits, les odeurs et l’énergie de la scène. 

Jusqu’au 14 juillet 2019 – MACM (Musée d’Art Classique de Mougins) – Ouvert tous les jours.

www.mouginsmusee.com


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Jean Dubuffet, un barbare en Europe

Peintre, écrivain, inventeur de « l’Art Brut », Jean Dubuffet (1901-1985) fut un acteur majeur de la scène artistique du XXe siècle. 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cet artiste insaisissable et polémique met en jeu une critique radicale de l’art et de la culture de son temps, en faisant de l’invention sans cesse renouvelée le pilier de la création et de la pensée. Empruntant à l’anthropologie, au folklore ou au domaine de la psychiatrie, il poursuit l’activité de décloisonnement opérée par les avant- gardes de l’entre-deux-guerres, dynamite la croyance en un art supposé primitif et ouvre de nouvelles voies de création. 

Cette exposition donne à voir comment Jean Dubuffet entremêle dans son œuvre ses activités de peinture et d’écriture avec les recherches qu’il a consacrées à ce qu’il nomme l’Art Brut. Elle présente sa production artistique dans toute sa diversité, en s’attachant notamment à montrer les objets et documents issus des prospections qu’il a mises en œuvre en visitant musées d’ethnographie ou d’art populaire, mais aussi diverses collections dédiées à « l’art des fous ». 

L’exposition « Jean Dubuffet, un barbare en Europe » présente plus de 290 œuvres et objets issus des plus grandes collections françaises et européennes.

Jean Dubuffet, Paris plaisir, oct. 1962, gouache avec pièces rapportées, collées sur papier, Paris, 67 × 81 cm. Musée des Arts décoratifs, Paris © MAD, Paris – Laurent Sully Jaulmes © Adagp, Paris 2019

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la culture occidentale connaît une crise profonde. L’art constitue l’un des vecteurs les plus actifs de ce processus de reconstruction politique, anthropologique et philosophique. 

Au sein de cette dynamique, l’artiste français Jean Dubuffet (1901-1985) est incontournable. À travers ses collectes pour la Compagnie de l’Art Brut et son propre travail de peintre, il remet en cause les systèmes de valeurs dominants institués par la culture de son temps et la supposée infériorité d’arts dits « primitifs ». 

Pour ce faire, il s’appuie sur un réseau de coopération mettant en lien artistes, écrivains, ethnologues et psychiatres qui participent de l’émergence du relativisme culturel théorisé dans le champ de l’anthropologie d’alors. Restituer le cheminement de l’œuvre de Dubuffet sous l’angle de l’histoire culturelle et de l’anthropologie, c’est raconter cette redistribution des valeurs qui fondent notre culture contemporaine. 

MUCEM – Marseille – Du 24 avril au 2 septembre 2019

Jean Dubuffet, Réchaud four à gaz II, mars 1966, huile sur toile, 116 × 89 cm. Louisiana Museum of Art, Humlebaek, Danemark © Louisiana Museum of Modern Art. Donation : The Joseph and Celia Ascher Collection, New York © Adagp, Paris 2019
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Jaune très très sale.

A l’origine le mouvement des gilets jaunes avait deux objectifs : faire baisser les taxes sur les carburants et maintenir la vitesse sur les routes. D’où le fait que ce mouvement, organisé par des automobilistes mécontents, se déroulait sur des ronds-points avec des manifestants vêtus des gilets jaunes obligatoires dans tous les véhicules.

Au bout d’un moment les revendications vont s’étendre et témoignent d’un mal-être sociétal, c’est à dire politique et économique : retraites insuffisantes, taxes trop élevées, mauvais fonctionnement des services administratifs… On va même voir apparaître des revendications surprenantes, comme le fait de remettre en place l’ISF (impôt sur les grandes fortunes), qui en réalité n’a pas disparu sur le capital immobilier mais uniquement sur les dividendes de l’actionnariat qui permet d’alimenter les entreprises. De même on réclame la possibilité d’organiser des référendums d’initiative populaire : ça existe déjà depuis les modifications constitutionnelles de Nicolas Sarkozy, mais c’est, il faut l’avouer peu pratique. 

Ce mal-être ne va pas se contenter des ronds-points et chaque samedi des manifestations se déroulent dans les centres des villes. Aux manifestants se joignent les fameux Black bloc qui depuis les années quatre-vingt dix détruisent le plus possible lors des manifestations. Ni les politiques, ni les syndicalistes se solidarisent franchement avec les manifestants et ces derniers de désolidarisent avec les Black bloc. Pourtant, même après les destructions des Champs-Elysées de décembre à mars, après l’attaque de l’Arc de Triomphe, les gilets jaunes continuent à Paris et dans les grandes villes de province.

Dès le départ toutes les revendications se cristallisent en une véritable haine d’Emmanuel Macron. Il est vrai que la constitution actuelle donne tous les pouvoirs au président et de fait la responsabilité de tout. Mais l’insulte et la haine sont-elles à propos? Macron n’est pas à Versailles et le peuple ne réclame pas le boulanger et la boulangère… On organise même un débat pour permettre aux manifestants de s’exprimer face au chef de l’Etat. Cette haine, pourtant, se développe sur les réseaux sociaux et surtout à la télévision : on a même des gros plans de manifestants rougeoyants, le regard méchant et la bave au bord des lèvres : c’est beaucoup !

Les affrontements continuent entre les gilets jaunes et les forces de l’ordre. Le mal-être est installé chez ces derniers et on apprend que 29 policiers se sont suicidés depuis le début de l’année. On n’en connaît pas les raisons exactes mais cela témoigne d’une situation dramatique et pathétique. Mais le point d’orgue intervient le samedi 20 avril, veille de Pâques, avec des manifestants qui hurlent face aux policiers « suicidez-vous » ! 

Demain a qui va-t-on le demander ? Aux militaires, aux pompiers, au personnel des hôpitaux, aux enseignants ? Bref à la totalité des serviteurs de la nation ? Faut-il réinstaller la guillotine sur la place de la Concorde pour satisfaire les besoins sanglants de ces ilotes et béotiens de surcroît ? Car ce n’est pas tout : Notre-Dame de Paris s’étant enflammée le soir ou le président de la République devait intervenir à la télévision, on s’empresse de soutenir que cela a été voulu par Macron et sa clique (le gouvernement). 

Que tout cela est ignoble, immonde, abject. Il n’y a pas assez de qualificatif pour ce jaune devenu sale, très sale même. Il a été porteur d’espoirs, de justice sociale, de bonheur potentiel et il devient infâme. Il témoigne surtout du manque de culture de certains de nos concitoyens qui au lieu de vomir leur aigreur sur les réseaux sociaux feraient mieux d’essayer de se cultiver pour argumenter leurs propos.

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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Pâques

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47e Salon d’Antiquités, d’Art Moderne et d’Art Contemporain d’Antibes

Le Salon d’Antibes est devenu une référence internationale. A titre d’exemple, il suffit de déambuler dans les élégantes allées du salon, de découvrir des stands aménagés en véritables galeries, de voir les têtes couronnées et les capitaines de l’industrie y côtoyer, en toute discrétion et décontraction, les simples amateurs. Les exposants sélectionnés dénichent et réservent les pièces les plus exceptionnelles pour cet événement. Ils savent que ce salon bénéficie d’une clientèle unique et cosmopolite, encline à avoir le coup de cœur ou de foudre pour un chef- d’œuvre historique ou un objet insolite qui viendra compléter ses collections ou parfaire la décoration des penthouses, villas et yachts.

Le salon aura lieu du 20 avril (week-end de Pâques) au 2 mai inclus,
Une sélection stricte des exposants : Le nombre d’exposants est réduit à 90 du fait de la volonté de répondre aux attentes des visiteurs en matière de qualité des œuvres et des objets présentés. L’objectif est de continuer à proposer une diversité de choix à tous les prix tout en favorisant encore davantage la qualité et les meilleures garanties d’achat. De nouveaux exposants prestigieux sont annoncés.

Antiquités, art moderne et art contemporain, mobilier design et vintage. Dans chacun de ces secteurs, les organisateurs ont sélectionné des marchands, antiquaires et galeristes parmi les meilleurs professionnels français et étrangers. La plupart d’entre eux sont des références internationales dans leurs domaines d’activité.
La 47e édition du Salon d’Antibes s’annonce interessante, avec la présence de pièces exceptionnelles et plusieurs nouveaux exposants français et italiens renommés. Aux côtés de sublimes antiquités estampillées seront exposées des œuvres signées par quelques-uns des plus importants artistes du XXe siècle ou de la scène artistique contemporaine.

Du côté des antiquités, citons notamment les galeries Bruno Sugeres (arts décoratifs du XIXe), Château du Plessis, Nicolas Bordet, Pipat, Richard Duflot, Haussmann, Eric du Maroussem, Art du XXe. Parmi les exposants d’œuvres des grands noms de l’Art Moderne et de l’Art Contemporain, les galeries Saltiel, Michel Estades (spécialiste de Bernard Buffet), Cortade, Tempera, Casati Arte Contemporanea, Le Floch, Hernandez Gallery, Babylon BB, Franck Michel, Iris Photos, Galerie Guillaume Cavalier… Les Maîtres provençaux seront notamment présentés par la galerie Estades et la galerie Antichambre du Louvre. La galerie Graphik-Art, de renommée internationale, présentera dessins anciens et modernes, et mobilier Art Deco. Les arts anciens d’Asie sont notamment représentés par les galeries Michel Douris, Mille ans d’Orient et Catier. Certains d’entre eux présenteront aussi des créations emblématiques de l’art contemporain en Asie (Huang Gang, Cai Zhisong,…).

Dans De Beaux Draps, spécialiste des arts de la table, exposera de somptueux services de vaisselle d’époque. La galerie Steve Rosat exposera argenterie et orfèvrerie. Le mobilier design et vintage est présenté par la galerie Pascal Badié . Le mobilier contemporain exposé par la galerie Mingucci et la galerie Damber. La galerie Antinoë expose des antiquités grecques et romaines.Davide Antichità expose une nouvelle fois de sublimes lustres anciens de Murano.Après New York et Bruxelles, Peter Gabrielse expose ses somptueuses boîtes-sculptures présentant des intérieurs miniatures. Manuscripta propose une sélection de photographies anciennes, lettres manuscrites et autographes. La galerie Jaegy-Theoleyre expose des portraits miniatures, portraits historiques et tabatières.

Zhigzhit Bayaskhalanov, illustre représentant de l’art de l’orfèvrerie et de la joaillerie de Buryat (Russie) expose d’exceptionnelles pièces de coutellerie et autres sculptures. Les tapis anciens, tapisseries, tapis modernes et d’artistes sont proposés par deux spécialistes : Falck et Schanewald.
À ceux-là s’ajoutent les bijoutiers, avec la Galerie Alain Pautot, Bernard Bouisset, Joëlle Lasry, Stella d’Orlando.

Ouverture tous les jours du 20 avril au 2 mai 2019 de 10h30 à 19h30 – Esplanade du Pré des Pêcheurs – Port Vauban – À l’entrée du Vieil Antibes

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Bernard Tarride : « L’ambiguïté d’une réflexion »

Faisant partie de l’École de Nice, plasticien atypique, il dénote par sa liberté de ton et son originalité largement reconnue. Véritable bible du jazz, il a cultivé tout au long de sa démarche une poésie, un humour et une certaine attirance pour les paradoxes.

Né au Maroc, Bernard Taride s’installe à Nice en 1956 . Dès la fin des années 70, son travail est essentiellement consacré à l’accumulation de clous plantés sur des panneaux de bois laqués. Puis viendra un choix décisif, plus insolite, le bois est remplacé par le miroir qui deviendra son matériau privilégié. En fait, les clous alors plantés dans les miroirs provoquent une confrontation salutaire entre ces pointes agressives et le caractère respecté et fragile du miroir.

1980 marque le début des  »réflexions déplacées », cette démarche qui va confronter le miroir à des objets délibérément provocateurs, hache, étau, corde, béton, métal…Cette association contre nature sera ensuite enrichie par des jeux de reflets multiples et contrariés, engendrés par l’assemblage des miroirs selon des plans décalés. Il s’établit donc une interaction à la fois ludique et insolite entre l’altération de l’image reflétée et le spectateur découvrant la nouvelle vision d’une réalité controversée. L’image du spectateur est altérée, fragmentée, perturbée.

Bernard Taride vit et travaille à Nice, il présentera au 109 une exposition qui retrace l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la sortie d’un ouvrage/catalogue rétrospectif.

Du 17 au 27 avril 2019 du mardi au samedi de 13h à 19h – Le 109 – 89, route de Turin à Nice

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Milan et la femme qui souffre.

La « Maestà soffrente » de Gaetano Pesce est en place sur la place du Dôme de Milan à l’occasion de la semaine du design 2019, qui attire des milliers de visiteurs venant du monde entier.

L’objectif avec  ce fauteuil percé d’innombrables flèches de huit mètres de haut, veut souligner la violence faite aux femmes. La sphère enchainée qui l’accompagne est un repose-pied qui incarne l’image d’une femme prisonnière. Cette majesté souffrante va rester sur la place jusqu’au 4 avril.

Photo : Matteo Plaza. Maquette : Gaetano Pesce. 

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Les Reliquaires de A à Z

A comme « Agnus Dei », B comme « Bras », C comme « Custode », D comme
« Dent », E comme « Épine »… Les grands thèmes relatifs aux pratiques et à la croyance chrétienne se déclinent en 26 lettres à travers l’exposition « Les Reliquaires de A à Z » : un abécédaire mystique composé à partir des collections du Mucem !

En 2002, le Mucem a fait l’acquisition auprès d’un particulier d’une collection unique de près de 500 reliquaires. Ce très riche ensemble témoigne avec brio de la variété des formes, des techniques et des usages du reliquaire dans le monde chrétien européen sur une période allant essentiellement du XVIIe siècle au premier tiers du XXe siècle.

Le terme « relique », issu du latin reliquiae (littéralement « restes »), désigne les restes humains de saints personnages (souvent des fragments osseux) ou bien des objets leur ayant appartenu ou ayant été en contact avec leur corps. Dans la religion chrétienne, si les reliques furent d’abord placées dans l’autel des églises, le développement de leur culte s’accompagne de la production d’une grande variété de contenants utilisés pour les conserver et les magnifier : châsses, ostensoirs, tableaux, coffres, statues, custodes, chapelets, médaillons… Au XVIIe siècle, les reliquaires entrent également dans les espaces domestiques pour protéger le foyer. On les retrouve alors au seuil des maisons, sur les cheminées ou même suspendus au-dessus des lits. Leur commerce s’intensifie, et avec lui, la volonté de l’Église d’encadrer la pratique et de garantir l’origine des reliques.

Attestation d’authenticité, inventaire méticuleux, mise en vitrine, volonté de présenter le « reste » sous son meilleur jour… Les pratiques de la relique ne sont pas sans faire écho au travail de conservation et d’exposition mis en place dans les musées !  

Commissariat : Émilie Girard
Conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département des collections et des ressources documentaires au Mucem


La salle des collections

Depuis février 2018, le Mucem dédie un nouvel espace à la présentation de ses collections : située au fort Saint-Jean, la « salle des collections » interroge de façon ludique les fonds du musée à travers des expositions thématiques présentées sous forme d’abécédaires, appelées à être renouvelées tous les six mois.

Une façon originale de faire connaître au grand public la diversité des collections du Mucem, riches de plus de 350 000 objets conservés parmi plus d’un million d’items : qu’ont-elles à nous dire sur nos sociétés, nos passions, nos peurs, nos croyances ? La grande variété des collections du Mucem permettra de faire le tour de différentes thématiques, « de A à Z ».

Après « L’Amour de A à Z » (février – octobre 2018) et « Les Animaux de A à Z » (octobre 2018 – mars 2019), l’exposition « Les Reliquaires de A à Z » présente quelques 70 pièces issues d’une collection de 500 reliquaires acquise en 2002 auprès d’un collectionneur. Cette sélection témoigne de l’importance du culte des reliques en Europe, ainsi que de la variété des formes empruntées pour la réalisation de ces objets, parfois très surprenantes.


Entretien avec Emilie Girard, commissaire de l’exposition

Pourquoi avez-vous choisi de vous intéresser au thème du reliquaire, pour cette nouvelle exposition sous forme d’abécédaire ?

Les abécédaires réalisés autour des collections du Mucem ont vocation à mettre en avant des ensembles d’objets ou de documents surprenants, extraordinaires ou rares, sous une forme simple. En 2002, le Mucem naissant a acquis auprès d’un collectionneur un ensemble justement assez extraordinaire, près de 500 reliquaires représentatifs d’une variété formelle très vaste, et provenant de toute l’Europe. Cette collection unique n’avait jusqu’à présent que peu été montrée, si ce n’est occasionnellement, dans les expositions du Mucem (récemment « Connectivités »,
« Or » ou « Ai Weiwei, Fan-Tan ») ou à l’occasion de prêts. Proposer un abécédaire des reliquaires était l’occasion de donner un coup de projecteur sur cet ensemble, en le présentant de manière plus massive puisque ce sont 70 pièces qui sont ici présentées.
Sur le fond, exposer des reliquaires, c’est présenter une pratique dévotionnelle au croisement du dogme et du populaire, car les reliquaires de ce fonds sont essentiellement des reliquaires à usage domestique et non des pièces destinées à des églises ou des chapelles. Et cette pratique privée de la relique est sans doute moins connue que la monstration des restes de saints au sein de la communauté ecclésiale.

Y-a-t-il encore des reliques dans ces reliquaires ? Quels sont les plus « sacrés » ?

La plupart des reliquaires de la collection contiennent en effet encore leur relique. Fragments osseux, souvenirs de lieux saints, reliques de contact (c’est-à-dire des objets qui ont été en contact avec le corps du Christ ou d’un saint, comme un fragment de tissu par exemple…) : c’est ce reste saint qui justifie la fabrication des écrins que sont les reliquaires, écrins sensés sublimer la relique.
Il est difficile de dire qu’une relique est plus « sacrée » qu’une autre. Tous les restes vénérés par les fidèles et conservés dans la collection présentée ont la même valeur, le même « prix » aux yeux des croyants qui font de la relique un support à leur prière en donnant au saint dont elle est issue un rôle d’intercesseur. Mais les reliques du Christ occupent une place particulière dans la hiérarchie de la relique, puisque l’on considère qu’elles émanent du fils de Dieu lui-même. Ces reliques sont parfois tellement vénérées qu’on les reproduit pour les diffuser largement. C’est ainsi que la collection que le Mucem conserve aujourd’hui compte plusieurs clous de la Passion ou des couronnes d’épines du Christ.

Quels sont les plus étonnants ? Les plus étranges ?

Quand on pense « relique » on pense souvent en premier lieu à des fragments osseux de saints, peut-être moins à ce qu’on appelle les « parties molles » du corps qui peuvent également être conservées et vénérées. La collection compte ainsi des reliquaires de langue ! Sont par exemple montrés dans l’exposition deux reliquaires de Saint Jean Népocumène qui conservent une reproduction en cire de la langue du saint, réputée imputrescible.
Par ailleurs, on s’attend à tort à ne voir dans les reliquaires que des objets de prix, réalisés en or et ornés de pierres précieuses. La pratique domestique induit cependant la production de contenant beaucoup plus modestes, parfois naïfs, faits à partir de matériaux pauvres, comme le papier mâché, le carton, ou les papiers découpés, mais qui jouent exactement le même rôle que celui endossé par les grands reliquaires d’églises. L’exposition est aussi l’occasion de mettre l’accent sur ce versant moins connu de la pratique du reliquaire.

Peut-on dire que le musée serait, quelque part, une sorte de grand reliquaire ?

La conservation et l’exposition, la « mise sous vitrine » de « restes » des siècles passés ou des témoins matériels des sociétés a en effet quelque chose de commun avec la pratique du reliquaire, une volonté de garder, de transmettre et de mettre en valeur. Et au musée comme pour les reliques, il existe un souci d’authenticité : l’église délivre avec ce qu’on appelle les « authentiques » (dont des exemples sont montrés dans l’exposition) de véritables certificats qui garantissent la véracité de la relique. On peut donc s’amuser à dresser des parallèles !  

Aperçu de l’exposition en quelques objets

Bras-reliquaire, région alpine, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois, verre, soie, métal, papier. Mucem © Mucem / Yves Inchierman
Bras-reliquaire, région alpine, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois, verre, soie, métal, papier. Mucem © Mucem / Yves Inchierman

B comme Bras

Certains reliquaires, dits « morphologiques », empruntent leur forme à la relique qu’ils contiennent. Les bras-reliquaires renferment ainsi un os ou un fragment d’os de bras. Dans l’ordre d’importance des reliques, le bras est considéré comme une relique « insigne », au même titre que la tête, le cœur, la langue, la main, la jambe. Il en va de même des reliques qui sont issues des parties du corps qui ont été suppliciées pendant le martyre. Les bras-reliquaires, qui se développent à partir du XIIe siècle, sont particulièrement appréciés en raison de leur capacité à être manipulés pendant des célébrations ou lors de processions.


 

Flacon-reliquaire, Espagne, premier quart du XVIIIe siècle. Verre, papier doré, métal, cire, fil d’or. Mucem © Mucem
Flacon-reliquaire, Espagne, premier quart du XVIIIe siècle. Verre, papier doré, métal, cire, fil d’or. Mucem © Mucem

F comme Flacon

La châsse, souvent perçue comme la forme-type du reliquaire, n’est pourtant pas le seul réceptacle capable d’accueillir une relique : des contenants parfois beaucoup plus modestes sont utilisés, comme ces flacons de verre scellés par un bouchon en cire ou en métal et destinés à être conservés chez soi ou même sur soi. Le décor qui peut y être apporté traduit néanmoins l’importance et le soin accordé à la relique : papiers découpés dorés, fils d’or, rubans de soie…

Châsses-reliquaire, Lyon, seconde moitié du XIXe siècle. Laiton, bronze, verre, soie, velours © Mucem
Châsses-reliquaire, Lyon, seconde moitié du XIXe siècle. Laiton, bronze, verre, soie, velours © Mucem
 

G comme Gothique

On appelle « châsse » la boîte, généralement en forme de coffret, destinée à recueillir les reliques d’un saint personnage. À partir du Moyen-Âge, ces châsses, fabriquées dans des métaux précieux comme l’or ou l’argent pour les plus prestigieux, sont richement ornées de motifs et de formes empruntés au vocabulaire décoratif et architectural de leur époque. Le goût pour le vocabulaire gothique va néanmoins perdurer bien au-delà du Moyen-Âge, comme le montrent ces reliquaires de la seconde moitié du XIXe siècle qui reproduisent les formes et les volumes de la grande architecture des XIIe au XIVe siècles.

Ostensoir-reliquaire, Rome, Italie, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois doré ou laiton, textile, verre © Mucem / Yves Inchierman
Ostensoir-reliquaire, Rome, Italie, seconde moitié du XVIIIe siècle. Bois doré ou laiton, textile, verre © Mucem / Yves Inchierman

O comme Ostensoir

Un ostensoir est une pièce d’orfèvrerie utilisée pendant la liturgie et dans laquelle est généralement présentée aux fidèles une hostie consacrée, pain béni devenu pour les croyants le corps du Christ. L’ostensoir peut être posé sur l’autel ou utilisé lors de processions. Certains reliquaires empruntent cette forme pour magnifier la relique : le fragment du corps du saint prend la place du corps du Christ.

Châsse-reliquaire, France, XIXe siècle. Laiton, verre, textile © Mucem
Châsse-reliquaire, France, XIXe siècle. Laiton, verre, textile © Mucem

T comme Tête

Les chef-reliquaires, reliquaires morphologiques qui reproduisent la forme d’une tête ou d’un buste pour conserver un crâne, ne sont pas les seules formes possibles pour la conservation de ce type de reste. Le crâne du saint, relique insigne, peut également être protégé dans une boîte dont les parois de verre permettent au fidèle d’avoir un accès visuel au reste du saint qu’il vénère. On peut choisir de laisser le crâne nu, visible par tous, ou bien de l’envelopper de riches parures pour le magnifier.

Boîte-reliquaire, Bavière, Allemagne, vers 1800. Bois, verre, textile. Mucem © Mucem
Boîte-reliquaire, Bavière, Allemagne, vers 1800. Bois, verre, textile. Mucem © Mucem

W comme Walburge

Des accessoires de maison de poupée ? Les reliquaires peuvent emprunter toutes les formes, y compris celle de statuettes ou même de pièces de mobilier miniatures. La statuette représentant sainte Walburge, abbesse du VIIIe siècle née en Angleterre, qui participa à l’évangélisation de la Germanie d’alors, présente en son dos une cavité à l’intérieur de laquelle est conservée la relique. Le secrétaire miniature cache quant à lui la relique de la sainte derrière l’abattant, dans une petite vitrine.

Boîte-reliquaire, Autriche, XIXe siècle. Fer, verre. Mucem © Mucem
Boîte-reliquaire, Autriche, XIXe siècle. Fer, verre. Mucem © Mucem

X comme XIXe siècle

La collection de reliquaires conservée au Mucem montre une très forte présence de pièces datant du XIXe siècle. À cette période, le commerce et la circulation des reliques sont florissants, induisant un nombre important de faux que l’Église essaie tant bien que mal de contrôler. À côté des reliquaires d’églises ou de chapelles, plus monumentaux, les petits objets de piété domestique se multiplient et simples tableaux, petits retables et ostensoirs (encore appelées « monstrances »), boîtes, statues, broches et médaillons inondent le marché de la relique.

Exposition du 10 avril au 2 septembre 2019

MUCEM Marseille

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La connerie est-elle contagieuse ?

J’ai cru pendant longtemps que la vox dei, et de ce fait la vox populi, s’exprimait d’abord au travers des prêtres, puis de la presse, de la radio et de la télévision. Subitement apparut internet qui va diffuser cette vox populi au travers de la planète Terre. Quel plaisir d’imaginer les peuples entrain de s’exprimer sur le devenir de l’univers ! Que de nouvelles et de créations qui allaient nourrir ma substantifique moelle et l’enrichir de connaissances abondantes, argumentées qui envahiraient mon ordinateur comme une diarrhée bienfaitrice et utile. Je fus comblé.

Mais cette merveilleuse ouverture vers l’inconnu, me poussa à partager mes idées ou mes connaissances au travers d’un blog. Que n’avais je fait là ! Certains m’approuvaient, d’autres m’insultaient, d’autres encore me prêtaient des intentions que je n’avais jamais eues. Pourtant je n’évoquais pas des histoires sexuelles ou libidineuses, ni les miennes, ni celles des autres. Mais bêtement, peu instruit de la méthode, je me contentais de dire la vérité. Ça y est je me prenais pour Danton « la vérité, l’âpre vérité. » Allait-on me couper la tête ? Presque !

Un maelström de bêtises envahissait alors mes adresses numériques, celles des réseaux sociaux en particulier. Un grand nombre des pratiquants envoyait des fake-news (fausses nouvelles ou mensonges) et ces niaiseries étaient reprises par la presse, les radios ou les chaînes de télévision. Pis encore, ces médias invitaient des spécialistes qui dissertaient pendant des heures sur ces fausses nouvelles ou interprétaient les intentions de ceux qui les avaient soit-disant dévoilées. Il va de soi que ces derniers n’étaient au courant de rien et devaient se défendre dans tous les médias.

Parfois ces pseudo affirmations étaient tellement invraisemblables que je ne les croyais pas crédibles. Bien au contraire. « Plus c’est gros, plus ça passe ». D’autres allèrent même garnir les rond-points, certains avec des revendications justifiées et d’autres réclamant la démission ou la mort de tel gouvernant. On crût, toujours aux dires des réseaux sociaux, que l’on allait ériger des guillotines.

Vox dei ? Je me souvenais d’une phrase d’Yves Audouard dans sa lettre aux cons : « J’ai parfois le sentiment que la connerie est d’essence divine ». Il avait raison puisque vox populi, voix dei… On va même créer des émissions pour cons. On va leur faire croire qu’ils sont intelligents en leur disant une connerie qu’ils ne connaissaient pas encore. Parfois on regroupe même des beaux parleurs pour être sûr qu’ils comprennent et ces derniers combattent entre eux pour défendre chacun leur connerie personnelle. La connerie est-elle donc populaire ? Certains affirment que la connerie vient du web ; c’est faux, le web ne fait que rendre plus lisible la bêtise. 

En outre la connerie s’élève au sommet des Etats. Donald Trump est-il con ? On pourrait le croire, mais le populisme hisse au sommet des gouvernants qui ressemblent à leurs électeurs. Trump n’est pas con, il reflète simplement la pensée de la moitié de l’électorat du pays. Le problème ce sont les élites : leurs connaissances, parfois livresques, fait qu’ils prennent peur en voyant ces masses populaires incultes dont elle sont responsables très souvent. Alors l’élite cultive l’imbécillité parce que le con est aussi un consommateur et un électeur. Et pour ramener dans leurs girons ces cons ils construisent des algorithmes pour envahir les réseaux sociaux. 

Car le con, ça se manipule et pas seulement comme consommateur. On peut également le séduire dans le divertissement. Le con aime a être reconnu, soit en passant à la télé dans le public de n’importe quelle émission, soit en concourant, soit en se faisant un portrait (le fameux selfie) que l’on envoie à tout le monde. En effet le con inconnu ne présente aucun intérêt, pas d’hommage, pas de cérémonie, pas de commémoration ; pourtant la connerie est incurable. Et c’est là que se pose une question existentielle : la connerie c’est de l’inné ou de l’acquis ? Certains la croit héréditaire, il n’en n’est rien. J’ai rencontré des hommes aux fonctions élevées capables de se masquer derrière des conneries et même de les faire partager.

Un maire d’une petite commune de la Côte d’Azur attaque même le Ficanas pour avoir narré un événement de peu d’importance mais réel concernant sa mairie. D’autres supports d’information firent de même mais furent épargnés par le magistrat. Etait-il con, benêt ou crétin ? Rien de cela (ne risquons pas de la diffamation), il avait eu peur simplement car comme disait le talentueux Beaumarchais « …il n’y a que les petits hommes, qui redoutent les petits écrits. ». Et oui, c’est incurable, d’autant plus que la trouille se masque derrière la connerie qui prend ses lecteurs ou ses électeurs pour des cons.

Si vous êtes arrivé au niveau de ce texte, véritable connerie, j’en conviens, aidez-moi ! Cet envahissement, cette migration, cet harcèlement quotidien, cette conquête permanente des cons vont-ils s’arrêter ? Aidez-moi : qu’allons nous en faire ?

Christian Gallo – © Le Ficanas ®

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